Vue d'ensemble
Ce qu'il faut savoir avant d'agir : définition de l'infraction, délais de plainte, réparation du préjudice et peines encourues.
Ce qu'il faut savoir
- L'abus de confiance consiste, pour une personne à qui un bien a été remis volontairement, à en détourner l'usage à son profit ou à ne pas le rendre dans les délais convenus.
- Le bien concerné peut être une somme d'argent, une marchandise, un chèque ou encore un fichier de données (par exemple un fichier clients).
- Pour que l'infraction soit reconnue, il faut prouver que le bien a été détourné de l'usage prévu ou n'a pas été rendu dans les délais fixés par les parties.
- Aucune poursuite pénale n'est possible entre époux non séparés ni entre enfants et parents, sauf détournement d'un bien indispensable à la vie quotidienne (carte d'identité, carte bancaire, titre de séjour...).
- La plainte doit être déposée dans un délai de 6 ans à compter du jour où l'infraction est découverte et peut être constatée ; au plus tard 12 ans après les faits.
- L'abus de confiance est puni de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende, peines aggravées selon les circonstances (bande organisée, personne morale, professionnels du droit...).
- La victime peut se constituer partie civile pour obtenir la réparation intégrale de son préjudice, y compris le préjudice moral.
Conditions essentielles
- Un bien avoir été remis volontairement à l'auteur des faits (argent, marchandise, chèque, fichier de données...).
- Ce bien avoir été détourné de l'usage prévu ou ne pas avoir été rendu dans les délais fixés entre les parties.
- La victime prouver le détournement ou le non-retour du bien dans les délais.
- Les faits ne pas être commis au sein de la famille proche (immunité familiale), sauf détournement d'un bien indispensable à la vie quotidienne.
Les étapes
- Rassembler les preuves du détournement (reçus, virements, témoignages, écrits, procuration bancaire utilisée frauduleusement...).
- Déposer plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République, dans un délai de 6 ans à compter de la découverte des faits.
- Se constituer partie civile, dès le dépôt de la plainte ou au cours de la procédure, et jusqu'à l'audience, pour demander réparation.
- Chiffrer précisément ses demandes : montant du bien détourné, dommages et intérêts, préjudice moral, frais de procès.
- Prendre les mesures d'urgence du côté bancaire : fin de la procuration, opposition aux virements, blocage de la carte bancaire ou des chèques.
- Suivre l'avancement de la procédure et, si nécessaire, solliciter l'aide juridictionnelle (l'avocat n'est pas obligatoire).
Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les distinctions avec les infractions voisines (escroquerie, vol, abus de faiblesse), le détail des peines et les modalités d'assistance sont traités dans les sections suivantes.
Cette synthèse ne remplace pas la fiche
Pour les critères de distinction avec l'escroquerie, le vol et l'abus de faiblesse, et pour le détail des peines selon les circonstances, voir les sections « Abus de confiance, escroquerie, vol ou abus de faiblesse ? » et « Quelles peines sanctionnent l'auteur d'un abus de confiance ? ».
Qu'est-ce que l'abus de confiance ?
L'abus de confiance suppose une remise volontaire du bien préalable au détournement : c'est cette confiance légitime, placée dans l'auteur, qui caractérise l'infraction.
L'abus de confiance est le fait pour une personne, à qui un bien a été remis volontairement, d'en détourner l'usage à son profit ou de l'utiliser frauduleusement.
Le bien objet du détournement peut prendre des formes très variées : une somme d'argent, une marchandise, un chèque, ou encore un fichier de données (par exemple un fichier clients confié à un prestataire). Pour que l'infraction soit reconnue, la victime doit prouver que le bien a été détourné de l'usage prévu, ou qu'il n'a pas été rendu dans les délais fixés par les parties. Autrement dit, deux situations caractérisent l'abus de confiance : l'utilisation du bien à des fins personnelles contraires à l'accord initial, ou le simple défaut de restitution dans le délai convenu.
Règle
Aucune poursuite pénale ne peut être engagée pour abus de confiance entre époux (non séparés) ni entre enfants et parents : on parle d'immunité familiale.
Toutefois, l'auteur des faits peut être poursuivi s'il a détourné, au préjudice de son époux ou de son enfant, un objet ou un bien indispensable à la vie quotidienne — par exemple une carte d'identité, une carte bancaire ou un titre de séjour. La victime peut par ailleurs [porter plainte](/demarches/justice/porter-plainte) pour abus de confiance.
Deux situations confronantes illustrent l'infraction : prêter sa voiture à une personne qui refuse de vous la rendre ou qui l'utilise à son profit, ou confier une bague à un bijoutier en vue de sa vente alors que celui-ci ne peut plus vous la rendre. Dans les deux cas, le bien avait été remis volontairement, ce qui distingue l'abus de confiance du vol.
Abus de confiance, escroquerie, vol ou abus de faiblesse ?
L'abus de confiance se distingue d'autres infractions proches par un point déterminant : dans l'abus de confiance, la victime a volontairement remis le bien ; les autres infractions reposent sur la tromperie, la soustraction ou l'exploitation d'une vulnérabilité.
- Abus de confiance : la victime a remis volontairement le bien dans un but précis ; il n'y a pas de fraude initiale, mais un détournement ou un défaut de restitution.
- Escroquerie : l'auteur se fait remettre de l'argent, un objet ou un service par des manœuvres frauduleuses ou l'utilisation d'un faux nom ou d'une fausse qualité — par exemple retirer de l'argent sur le compte de la victime avec une fausse procuration.
- Vol : le bien a été pris par l'auteur à la victime sans son consentement, sans qu'elle l'ait remis volontairement ni permis à l'auteur d'en disposer.
- Abus de faiblesse : l'auteur profite de l'état de faiblesse d'une victime pour la conduire à un acte ou à une abstention gravement préjudiciable — la vulnérabilité pouvant être due à l'âge, au handicap, à la maladie ou à la grossesse (par exemple, une personne âgée forcée de signer un contrat pour des travaux dont elle n'a pas besoin).
Le point commun entre abus de confiance, escroquerie, vol et abus de faiblesse est qu'ils sanctionnent tous une atteinte au patrimoine, mais leur qualification dépend de la manière dont l'auteur s'est emparé du bien ou a obtenu la confiance de sa victime.
La distinction est essentielle car elle détermine à la fois la procédure à suivre et la qualification retenue par la justice. Dans l'abus de confiance, la relation de confiance préexistante (prêt, dépôt, mandat, mission professionnelle) est précisément l'élément que l'auteur a exploité : c'est pourquoi le délit suppose une remise volontaire du bien.
Par exemple, retirer de l'argent sur le compte d'une victime à l'aide d'une fausse procuration constitue une escroquerie (manœuvre frauduleuse et fausse qualité), tandis que le défaut de restitution d'un bien confié volontairement dans un but précis caractérise l'abus de confiance. Une personne âgée forcée de signer un contrat de travaux inutiles est, elle, victime d'un abus de faiblesse.
Les fiches dédiées à [l'escroquerie](/demarches/justice/escroquerie) et au [vol et cambriolage](/demarches/justice/vol-cambriolage) précisent les conditions propres à chacune de ces infractions.
Que peut faire la victime d'un abus de confiance ?
La victime dispose de deux voies : la procédure pénale (plainte) pour faire sanctionner l'infraction, et la constitution de partie civile pour obtenir réparation de son préjudice.
La victime peut [porter plainte](/demarches/justice/porter-plainte) pour abus de confiance. La plainte doit être déposée dans un délai de 6 ans à compter du jour où l'infraction est découverte et peut être constatée — par exemple, le jour où la victime constate que l'argent n'est plus sur son compte.
Le point de départ du délai n'est pas nécessairement la date des faits, mais celle de leur découverte : c'est le moment où la victime peut objectivement constater le détournement. En cas de découverte tardive de l'abus de confiance, la victime peut porter plainte 12 ans maximum après les faits. Au-delà, l'action publique est éteinte.
Règle
La victime peut demander la [réparation du préjudice](/demarches/justice/indemnisation-du-prejudice). Pour cela, elle doit se constituer [partie civile](/demarches/justice/proces-penal-qu-est-ce-qu-une-partie-civile) lors du dépôt de la plainte ou au cours de la procédure, et ce jusqu'à l'audience.
Par exemple, lorsque la victime constate que l'argent confié n'est plus sur son compte, ce constat marque le point de départ du délai de plainte de 6 ans — et non la date des versements initiaux. En cas de découverte particulièrement tardive, la limite haute de 12 ans après les faits s'applique.
La plainte avec constitution de partie civile obéit à des règles de procédure particulières (avis au procureur, citation directe possible). Vérifier les modalités auprès des services de police ou de gendarmerie, ou d'un avocat.
La réparation du préjudice
En se constituant partie civile, la victime demande à la justice de condamner l'auteur à réparer l'intégralité du dommage subi, matériel et moral.
La victime peut demander les réparations suivantes : le montant du bien ou de l'argent détourné, des dommages et intérêts pour la privation de l'objet, la réparation du préjudice moral, et le remboursement des frais engagés pour le procès.
Chaque poste de préjudice doit être chiffré : les demandes doivent être chiffrées pour être examinées par le tribunal. Le préjudice moral couvre notamment le trouble, l'angoisse ou l'atteinte à la réputation résultant du détournement. Les frais de procès comprennent notamment les frais d'avocat et les frais de justice exposés par la victime.
Règle
La victime peut demander par ailleurs des mesures conservatoires ou de remise en état côté bancaire : faire mettre fin à la [procuration](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F15925) sur son compte bancaire si elle a servi à commettre l'infraction, faire [opposition aux virements](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F33548) réalisés au profit de l'auteur des faits, ou [bloquer sa carte bancaire](/demarches/consommation/vol-de-sa-carte-bancaire) ou ses [chèques](/demarches/fiscal/vol-d-un-cheque-ou-d-un-chequier).
Ces mesures d'urgence permettent de limiter les conséquences financières du détournement en attendant l'issue de la procédure pénale. Un recours à un avocat est utile pour chiffrer et défendre les demandes devant le tribunal.
Concrètement, la victime doit présenter des éléments probants du détournement — reçus, virements, témoignages, écrits, procuration bancaire utilisée frauduleusement — et chiffrer précisément chaque poste de demande, car seules les demandes chiffrées peuvent être examinées par le tribunal.
Quelles peines sanctionnent l'auteur d'un abus de confiance ?
La peine de base est de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende ; elle est aggravée selon la qualité de l'auteur, le nombre de victimes ou les circonstances de l'infraction.
- Peine de base : 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.
- Peines portées à 7 ans d'emprisonnement et 750 000 euros d'amende lorsque l'infraction est commise en bande organisée, par une personne qui se livre à des opérations portant sur les biens de tiers pour lesquelles elle recouvre des fonds (comme un banquier), par une personne qui fait appel au public pour obtenir des fonds (pour son propre compte ou comme dirigeant d'entreprise), au préjudice d'une association humanitaire ou sociale faisant appel au public, ou au préjudice d'une personne vulnérable en raison de son âge, d'une maladie, d'une infirmité, d'une déficience psychique ou d'un état de grossesse apparente ou connue de l'auteur.
- Peines portées à 10 ans d'emprisonnement et 1 500 000 euros d'amende lorsque l'infraction est réalisée par un notaire, un commissaire de justice ou tout autre professionnel soumis à une obligation de sécurité particulière.
- Personne morale (association, entreprise...) : la peine encourue est de 1 875 000 euros d'amende.
L'abus de confiance est donc puni de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Les peines sont portées à 7 ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende lorsque l'infraction est commise dans les circonstances aggravantes prévues par la loi.
Règle
Lorsque les faits sont commis par une personne morale (association, entreprise...), la peine encourue est de 1 875 000 euros d'amende.
Le complice des faits d'abus de confiance encourt la même peine que l'auteur. La tentative est également sanctionnée : la loi punit la simple tentative de commission de l'infraction.
Assistance et aide juridictionnelle
L'avocat n'est pas obligatoire pour cette procédure pénale : la victime peut agir seule, tout en pouvant demander l'aide juridictionnelle et solliciter le service national d'aide aux victimes pour être accompagnée.
L'avocat n'est pas obligatoire pour cette procédure : la victime peut agir seule, avec l'assistance des officiers et agents de police judiciaire lors du dépôt de plainte.
Toutefois, l'assistance d'un avocat est vivement recommandée, en particulier pour la constitution de partie civile, le chiffrage des demandes et le suivi de l'audience. La victime peut demander à bénéficier de l'[aide juridictionnelle](/demarches/justice/aide-juridictionnelle) si ses ressources sont insuffisantes pour prendre en charge les frais d'avocat et de procédure.
Règle
La victime peut contacter le service d'aide aux victimes (numéro 116 006, appel gratuit, joignable tous les jours de l'année de 9 h à 20 h, depuis la France métropolitaine) pour être orientée et accompagnée. Depuis l'étranger ou hors métropole : + 33 (0)1 80 52 33 76 (appel gratuit, même horaire, heure de Paris). Par courriel : victimes@116006.fr.
L'annuaire des avocats de France est disponible sur le site du Conseil national des barreaux : https://www.cnb.avocat.fr/annuaire-des-avocats-de-france. Vérifier les conditions d'éligibilité à l'aide juridictionnelle auprès du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal compétent.
Le service d'aide aux victimes (116 006) est joignable gratuitement tous les jours de l'année, de 9 h à 20 h, depuis la France métropolitaine ; depuis l'étranger ou hors métropole, le numéro + 33 (0)1 80 52 33 76 est accessible aux mêmes horaires (heure de Paris). Un courriel peut également être adressé à victimes@116006.fr.
Textes applicables
- Code pénal : articles 314-1 à 314-4Texte légal
- Code monétaire et financier : article L133-17Texte légal
- Code de procédure pénale : article 15-3Légifrance
- Code pénal : articles 311-12 et 311-13Légifrance
- Code de procédure pénale : article 8Légifrance
- Code de procédure pénale : article 9-1Légifrance
- Code de procédure pénale : articles 418 à 426Légifrance
Sources officielles
- OuvrirService-Public.fr
Abus de confiance
Vérifiée le 2026-10-04
Voir aussi
- Porter plainte
- Procès pénal : qu'est-ce qu'une partie civile ?
- Indemnisation du préjudice
- Escroquerie
- Vol, cambriolage
- Aide juridictionnelle
- Vol de sa carte bancaire
- Code pénal : articles 314-1 à 314-4
- Annuaire des avocats de France
Les peines et délais applicables à l'abus de confiance sont fixés par le code pénal et le code de procédure pénale. Vérifier les dernières évolutions auprès du procureur de la République, des services de police ou de gendarmerie, ou d'un avocat.

