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Quel est le délai de prescription d’une facture impayée ?

Une facture impayée ne peut pas être réclamée indéfiniment. Le délai dépend de la qualité des parties : cinq ans entre commerçants ou entre un commerçant et un non-commerçant, deux ans lorsque le professionnel agit contre un consommateur, et cinq ans pour les autres actions personnelles ou mobilières. Le point de départ et les causes d’interruption doivent être vérifiés avant d’agir.

Vue d’ensemble

La prescription est le délai au-delà duquel une créance ne peut plus être recouvrée par une action en justice si le débiteur l’invoque. Pour une facture impayée, le délai varie selon la nature de la créance et la qualité des parties. Il faut donc qualifier la relation avant de calculer le temps restant.

Ce qu'il faut savoir

  • Entre commerçants, ou entre un commerçant et un non-commerçant, les obligations nées à l’occasion de leur commerce se prescrivent par cinq ans, sauf prescription spéciale plus courte (code de commerce, article L110-4).
  • L’action d’un professionnel contre un consommateur pour les biens ou services qu’il fournit se prescrit par deux ans (code de la consommation, article L218-2).
  • Les autres actions personnelles ou mobilières relèvent en principe du délai de droit commun de cinq ans (code civil, article 2224).
  • Le délai court à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir ; pour une facture, la date d’échéance est le repère pratique le plus courant.
  • Une mise en demeure ne suffit pas à interrompre la prescription : seuls la reconnaissance de la dette, une demande en justice, une mesure conservatoire ou un acte d’exécution forcée l’interrompent (code civil, articles 2240, 2241 et 2244).
  • Une créance prescrite n’est pas recouvrable par la contrainte : le débiteur peut opposer la prescription, et le juge ne peut pas la relever d’office (code civil, article 2247).

Conditions essentielles

  • La créance doit être certaine, liquide et exigible pour être réclamée en justice.
  • La qualité du débiteur doit être identifiée : commerçant, société commerciale, professionnel non commerçant, consommateur ou particulier.
  • Une prescription spéciale plus courte peut s’appliquer à certaines créances : vérifiez le texte propre à votre activité.
  • Pour se prévaloir d’une interruption, il faut pouvoir prouver l’acte interruptif : reconnaissance écrite, assignation, mesure conservatoire ou acte d’exécution.
  • Le débiteur ne doit pas faire l’objet d’une procédure collective : dans ce cas, la déclaration de créance suit des règles propres.

Les étapes

  • Identifier la date d’exigibilité de chaque facture et la date à laquelle le débiteur a eu connaissance de la créance.
  • Qualifier la relation : opération commerciale, prestation à un consommateur ou créance civile.
  • Rassembler les preuves de la créance, des relances et de tout acte susceptible d’avoir interrompu le délai.
  • Vérifier si une prescription spéciale plus courte s’applique à l’activité concernée.
  • Agir avant l’expiration du délai : mise en demeure, procédure simplifiée, injonction de payer ou assignation.
  • En cas de doute, consulter un avocat ou un conseiller avant l’échéance.

Cette synthèse présente les délais les plus courants. Les prescriptions spéciales, les règles propres à certaines activités et le calcul exact du point de départ ne sont pas détaillés ici.

Cette synthèse ne remplace pas la fiche

Le calcul du point de départ, les causes d’interruption et les conséquences d’une créance prescrite sont traités dans les sections suivantes.

Quel délai s’applique ?

La loi prévoit plusieurs délais selon la nature de la créance. Le délai de droit commun n’est pas le seul à considérer : des textes spéciaux peuvent raccourcir ou allonger le délai.

Pour une facture impayée, il faut d’abord déterminer si la créance est commerciale, civile ou de consommation. C’est cette qualification qui commande le délai de prescription.

Une créance commerciale est une obligation née à l’occasion du commerce entre commerçants ou entre un commerçant et un non-commerçant. Une créance de consommation est celle d’un professionnel contre un consommateur pour un bien ou un service qu’il lui fournit. Les autres créances relèvent du droit civil.

  • Obligation née entre commerçants, ou entre un commerçant et un non-commerçant, à l’occasion de leur commerce

    Délai de prescription
    5 ans, sauf prescription spéciale plus courte
    Texte de référence
    Code de commerce, article L110-4
  • Action d’un professionnel contre un consommateur pour un bien ou un service

    Délai de prescription
    2 ans
    Texte de référence
    Code de la consommation, article L218-2
  • Autres actions personnelles ou mobilières

    Délai de prescription
    5 ans à compter de la connaissance des faits
    Texte de référence
    Code civil, article 2224

Le délai de cinq ans du code de commerce ne s’applique que si aucune prescription spéciale plus courte n’est prévue. Certaines activités, comme le transport ou l’assurance, relèvent de règles propres : vérifiez le texte applicable à votre secteur.

  • Facture entre deux sociétés commerciales : créance commerciale, délai de principe de cinq ans.
  • Facture d’un professionnel à un particulier consommateur : délai de deux ans.
  • Facture entre un professionnel et un particulier non consommateur : délai civil de cinq ans, sauf règle spéciale.
  • Créance née d’un acte de commerce : délai commercial de cinq ans, sous réserve des prescriptions spéciales.

Point de départ du délai

Savoir quand le délai commence est aussi important que connaître sa durée. Le code civil retient une conception subjective : le point de départ est le jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir.

Pour une facture, le point de départ pratique est en principe la date d’exigibilité, c’est-à-dire l’échéance prévue par la facture ou le contrat. C’est à partir de cette date que le débiteur est en retard et que le créancier peut agir.

La date d’exigibilité est la date à laquelle le paiement aurait dû être effectué. Elle figure sur la facture ou résulte des conditions de paiement convenues. Lorsque la date n’est pas claire, il faut se référer au contrat, au bon de commande et aux conditions générales de vente.

  • Facture avec échéance explicite : le délai part en principe de cette échéance.
  • Facture sans échéance : vérifier les conditions de paiement du contrat ou les usages applicables.
  • Paiement partiel ou échéancier : la reconnaissance de la dette peut faire courir un nouveau délai.
  • Créance contestée : le point de départ peut être discuté ; conservez tous les échanges.
  • Débiteur ayant déménagé : la date de connaissance de la nouvelle adresse peut avoir une incidence sur l’exercice de l’action.

Le point de départ peut être discuté devant le juge. En cas d’enjeu important, faites valider la date retenue par un avocat avant d’engager la procédure.

À savoir

  • Le délai de droit commun court à compter du jour où le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer son action (code civil, article 2224).
  • Pour une facture, la date d’échéance constitue le repère le plus lisible, mais elle ne dispense pas de vérifier les circonstances.
  • Une reconnaissance de dette, un paiement partiel ou une demande de délai peuvent modifier le point de départ.

Interruption et suspension

Le délai de prescription peut être interrompu, ce qui efface le temps déjà écoulé et fait repartir un nouveau délai. Il peut aussi être suspendu, ce qui met le compteur en pause sans effacer le temps déjà couru.

L’interruption résulte de certains actes limitativement énumérés par la loi. Une simple relance ou une mise en demeure ne suffit pas : il faut un acte qui manifeste véritablement l’exercice du droit.

  • Reconnaissance de la dette par le débiteur : lettre, courriel, paiement partiel, demande de délai ou signature d’un échéancier (code civil, article 2240).
  • Demande en justice, même en référé, y compris devant une juridiction incompétente ou si l’acte de saisine est annulé pour vice de procédure (code civil, article 2241).
  • Mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d’exécution, par exemple une saisie conservatoire (code civil, article 2244).
  • Acte d’exécution forcée (code civil, article 2244).
  • Acceptation du débiteur dans la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances : la prescription est suspendue (service-public.gouv.fr, fiche F1746).

L’interruption efface le délai déjà couru : un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l’acte interruptif. La suspension, au contraire, conserve le temps déjà écoulé et le délai reprend lorsque la cause de suspension disparaît.

Une mise en demeure, même envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, ne figure pas parmi les causes d’interruption. Elle peut toutefois être utile : elle prouve la relance, peut provoquer une reconnaissance de dette et prépare une demande en justice.

À savoir

  • Une mise en demeure ne suffit pas à interrompre la prescription.
  • Une demande en justice interrompt le délai jusqu’à l’extinction de l’instance (code civil, article 2242).
  • L’interruption est non avenue si le demandeur se désiste ou laisse périmer l’instance, ou si sa demande est définitivement rejetée (code civil, article 2243).

Documents à préparer

Pour vérifier la prescription et, le cas échéant, agir, il faut reconstituer l’historique de la créance. Les pièces servent à prouver l’existence de la dette, son montant, son échéance et les actes interruptifs.

  • Facture ou factures impayées, avec date d’émission, montant et date d’échéance.
  • Bon de commande, devis signé ou contrat à l’origine de la créance.
  • Bon de livraison, procès-verbal de réception ou preuve d’exécution de la prestation.
  • Mise en demeure et preuve de son envoi ou de sa réception (accusé de réception, bordereau de dépôt).
  • Relances écrites, courriels et échanges relatifs à l’impayé.
  • Tout écrit par lequel le débiteur reconnaît la dette ou demande un délai.
  • Justificatifs des paiements partiels ou de l’échéancier mis en place.
  • Extrait Kbis, avis Sirene ou tout document identifiant la société débitrice et son représentant légal.
  • Balance âgée des créances et extrait de comptabilité prouvant l’inscription de l’impayé.
  • Le cas échéant, titre exécutoire, jugement ou ordonnance déjà obtenus.
Créance commerciale

Réunissez le contrat ou le bon de commande, les factures, les bons de livraison, la mise en demeure et l’extrait Kbis du débiteur. Ces pièces permettent d’établir la nature commerciale de la créance et son échéance.

Créance contre un consommateur

Conservez le contrat, les conditions générales de vente acceptées, les factures et les preuves de livraison ou d’exécution. La qualité de consommateur du débiteur doit être établie.

Reconnaissance de dette

Joignez l’écrit, le courriel ou le justificatif de paiement partiel qui prouve la reconnaissance. Ce document peut interrompre le délai et faire courir une nouvelle période.

Conséquences d’une créance prescrite

La prescription ne fait pas disparaître la créance : elle prive le créancier de son action en justice si le débiteur l’invoque. Les conséquences pratiques doivent être connues avant d’engager des frais.

Lorsque le délai est écoulé et qu’aucune interruption ou suspension n’est établie, le débiteur peut opposer la prescription. Le juge ne peut pas la relever d’office : c’est au débiteur de la soulever.

  • Le débiteur peut refuser le paiement en invoquant la prescription.
  • Le juge ne peut pas suppléer d’office le moyen tiré de la prescription (code civil, article 2247).
  • Le paiement effectué pour éteindre une dette ne peut pas être répété au seul motif que le délai de prescription était expiré (code civil, article 2249).
  • Une reconnaissance de dette ou un paiement partiel peut interrompre le délai et permettre une nouvelle action.
  • Les intérêts et accessoires suivent en principe le sort de la créance principale ; vérifiez le décompte avec un professionnel.

Si le débiteur est une entreprise en procédure collective, une action individuelle en paiement est en principe impossible. Il faut déclarer la créance au mandataire judiciaire dans les formes et délais applicables.

À savoir

  • La prescription est une exception que le débiteur doit invoquer.
  • Un paiement volontaire après expiration du délai n’est pas nécessairement répétible.
  • La déclaration de créance en procédure collective obéit à des règles distinctes de la prescription.

Cas particuliers

Plusieurs situations modifient le calcul ou la procédure. Elles doivent être identifiées avant d’adresser une relance ou de saisir le juge.

Créance fondée sur une lettre de change ou un billet à ordre

Les titres négociables relèvent de prescriptions spéciales. Vérifiez le texte applicable et le délai propre au titre avant d’agir : le délai de droit commun peut ne pas être le bon.

Débiteur consommateur

L’action du professionnel pour un bien ou un service fourni au consommateur se prescrit par deux ans (code de la consommation, article L218-2). La qualité de consommateur doit être établie.

Débiteur particulier non consommateur

L’action relève en principe du délai civil de cinq ans (code civil, article 2224). Le point de départ est la date à laquelle le créancier a connu ou aurait dû connaître les faits.

Reconnaissance de dette en cours de délai

La reconnaissance par le débiteur interrompt la prescription (code civil, article 2240). Un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de la reconnaissance.

Débiteur en procédure collective

Déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire. Une action individuelle en paiement est en principe interdite pendant la procédure ; respectez les délais de déclaration.

Créance déjà consacrée par un jugement

La prescription de l’exécution d’une décision de justice obéit à des règles propres. Ne confondez pas ce délai avec celui de l’action en paiement initiale.

Où s’adresser ?

Selon la nature de la créance et l’étape de la procédure, plusieurs interlocuteurs peuvent vous renseigner ou vous accompagner.

  • Tribunal de commerce du siège social du débiteur pour une créance commerciale ; en Alsace-Moselle, la chambre commerciale du tribunal judiciaire.
  • Tribunal judiciaire du domicile du débiteur pour les autres créances.
  • Greffe du tribunal : dépôt des requêtes, délivrance des certificats et informations sur la procédure.
  • Commissaire de justice : signification des actes, mesures conservatoires et exécution forcée.
  • Avocat : conseil et représentation, obligatoire au-delà de 10 000 € devant le tribunal judiciaire ou le tribunal de commerce en cas d’opposition.
  • Conseillers-Entreprises : information gratuite pour les entreprises en difficulté avec un impayé.
InterlocuteurRôle
Tribunal de commerceLitiges commerciaux et injonction de payer commerciale
Tribunal judiciaireCréances civiles et injonction de payer devant le président
Commissaire de justiceSignification, recouvrement et exécution forcée
AvocatConseil, rédaction et représentation en justice
Conseillers-EntreprisesInformation et orientation gratuites

Questions fréquentes

Une facture impayée est-elle toujours prescrite au bout de cinq ans ?

Non. Le délai dépend de la qualité des parties et de la prescription spéciale applicable. Entre commerçants, le délai de principe est de cinq ans ; contre un consommateur, il est de deux ans. Le point de départ et les interruptions doivent être vérifiés.

Une mise en demeure interrompt-elle la prescription ?

Non, pas à elle seule. L’interruption résulte de la reconnaissance de la dette, d’une demande en justice, d’une mesure conservatoire ou d’un acte d’exécution forcée. La mise en demeure reste utile pour prouver la relance et préparer l’action.

Que faire si le délai arrive à expiration ?

Agissez sans attendre : une requête en injonction de payer ou une assignation interrompt le délai. Une reconnaissance de dette du débiteur peut aussi l’interrompre. Consultez un avocat pour choisir la voie la plus rapide.

Le débiteur peut-il renoncer à la prescription ?

La renonciation à la prescription est possible, mais elle doit être certaine. Un simple silence ou une relance commerciale ne suffit pas à établir une renonciation. Faites vérifier les écrits par un professionnel.

La prescription s’applique-t-elle aux intérêts et aux frais ?

Les accessoires de la créance suivent en principe son sort, mais leur calcul peut être distinct. Vérifiez le décompte des intérêts et des frais avec votre conseil avant de les réclamer.

Textes applicables

Sources officielles

  • Recouvrement judiciaire : assignation en paiement — F38432

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir
  • Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer — F38586

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir
  • Service-Public.fr

    Recouvrement de dettes en France : injonction de payer et procédure simplifiée (Service-Public F1746, vérifié 01/09/2026)

    Vérifiée le 2026-09-22

    Ouvrir
  • Légifrance

    Code de commerce : article L110-4

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir
  • Légifrance

    Code de la consommation : article L218-2

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir
  • Légifrance

    Code civil : titre XX — De la prescription extinctive (articles 2219 à 2254)

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir
  • Légifrance

    Code civil : article 2240

    Vérifiée le 2026-11-04

    Ouvrir

Voir aussi

Sources officielles consultées le 5 novembre 2026. Les délais et points de départ doivent être vérifiés au regard de la situation réelle. Information à vérifier auprès de l’organisme compétent.

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