Couple tenant les clés de leur nouveau logement — installation dans un chez-soi

Logement social : le bailleur peut-il résilier le bail et expulser le locataire ?

Votre bail de logement social est de durée illimitée, mais le bailleur peut le résilier si vous ne respectez pas les règles d'occupation. Tout dépend de la zone de votre commune et de votre situation.

Vue d'ensemble

Ce qu'il faut savoir

  • Le bail du logement social est de durée illimitée : vous disposez du droit au maintien dans les lieux. Aucune résiliation n'est possible hors des motifs prévus par la loi.
  • Le bailleur ne peut pas agir seul. Il doit d'abord vous mettre en demeure, puis passer selon le motif par une conciliation ou une médiation. Seule une décision du juge résilie le bail et prononce l'expulsion.
  • Un bail signé depuis le 29 juillet 2023 contient obligatoirement une clause résolutoire. Quand elle s'applique, le juge ordonne l'expulsion : il n'évalue plus votre situation.
  • Tout dépend de la zone de votre commune (A, Abis, B1, B2 ou C). Un même manquement peut rester sans conséquence dans une zone et devenir résiliant dans une autre.
  • Des protections existent : vous ne pouvez pas être forcé à partir si vous êtes handicapé, si vous avez à votre charge une personne handicapée, si vous avez plus de 65 ans ou si le logement est en quartier prioritaire de la politique de la ville.

Vérifier la zone de votre commune avant tout

La zone de votre commune commande presque toutes les règles de cette fiche.

Avant d'agir, identifiez la zone du logement. Service-public.gouv.fr propose un simulateur qui indique si votre commune est en zone A, Abis, B1, B2 ou C.

Ce zonage sert de critère aux règles sur l'enquête ressources sans réponse, le dépassement de revenus et la sous-occupation. Il est indépendant de votre situation.

En zone A, Abis ou B1, les règles les plus protectrices s'appliquent. En zone B2 ou C, vous ne pouvez pas être contraint de partir pour l'enquête ressources et les revenus.

Identifier le motif que le bailleur peut invoquer

Un bail ne peut être résilié que pour un motif prévu par la loi.

Le bailleur doit viser un manquement précis et respecter des étapes préalables propres à chaque motif. Certaines imposent une conciliation ou une médiation avant toute saisine du juge.

Trois actes encadrent le déclenchement : commandement de payer pour les impayés, mise en demeure d'user paisiblement des locaux, et acte d'huissier.

  • Impayés de loyer ou de charges.
  • Troubles de voisinage.
  • Troubles à l'ordre public graves et répétés.
  • Enquête ressources sans réponse 2 années de suite.
  • Revenus trop élevés 2 années de suite.
  • Logement sous-occupé.
  • Sous-location ou cession non autorisée.

Règle

Seule une décision du juge peut résilier le bail et prononcer l'expulsion. Les troubles à l'ordre public sont le seul motif que le préfet saisit directement.

À situation identique, un occupant change de règles selon la zone où il habite : le bailleur s'appuie sur ce même zonage pour ses calculs.

Traiter la mise en demeure pour troubles de voisinage

Cette formalité engage la procédure : c'est sa réception qui fait courir les délais.

Si vous êtes la cause de troubles de voisinage, le bailleur adresse une mise en demeure de respecter l'obligation d'user paisiblement des locaux loués.

Si vous ne respectez pas cette obligation, le bailleur a 2 possibilités : demander au juge votre expulsion sans offre de relogement, ou vous proposer un relogement adapté à vos besoins pour ramener le calme dans l'immeuble.

  • L'offre vous est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception.
  • Vous disposez d'un mois pour répondre. En cas de refus ou d'absence de réponse, le bailleur peut saisir le juge.
  • Victime de nuisances venant d'un autre logement : informez le bailleur social, sinon engagez une conciliation ou une médiation.

Règle

Dans tous les cas, un délai de 3 mois doit s'écouler entre votre assignation au tribunal et la date de l'audience.

Si vous refusez l'offre, le juge peut réduire ou supprimer le délai minimum de 2 mois pour quitter le logement.

Régler vos impayés de loyer et de charges

L'impayé est le motif le plus fréquent de résiliation. Il se traite avant le juge.

Ne pas payer son loyer et ses charges à la date prévue peut entraîner la résiliation du bail, après décision du juge. La voie à emprunter dépend du montant de la dette.

Avec une clause résolutoire, le bailleur adresse un commandement de payer : vous disposez de 6 semaines pour payer. Dans un bail plus ancien, cette clause est la plupart du temps présente.

  • Dette inférieure ou égale à 5 000 € : le bailleur doit engager une conciliation ou une médiation ; en cas d'échec, il saisit le juge.
  • Dette supérieure à 5 000 € : il saisit directement le juge pour qu'il constate la résiliation et l'expulsion.
  • Demande de délai : le juge peut l'accorder si vous avez repris le paiement et qu'il vous juge capable de solder la dette.

Règle

Le seuil de 5 000 € est la charnière : au-delà, la conciliation n'est plus obligatoire. Si vous payez dans le délai, vous restez dans le logement.

Dès les premières difficultés, engagez des démarches : plus la dette est petite, plus les options de règlement sont nombreuses.

Comprendre la clause résolutoire et les délais

La clause résolutoire change la nature de la procédure : l'issue est acquise.

Un bail signé depuis le 29 juillet 2023 contient obligatoirement une clause résolutoire. Quand elle s'applique, le juge ordonne automatiquement votre expulsion et n'évalue plus votre situation. Sans cette clause, il peut en tenir compte.

  • 3 mois au minimum entre l'assignation au tribunal et la date de l'audience.
  • 2 mois au minimum pour quitter le logement après une expulsion prononcée.
  • Clause obligatoire depuis le 29 juillet 2023, et fréquente dans les contrats plus anciens.

Règle

Le délai de 2 mois peut être réduit ou supprimé si vous avez refusé les éventuelles propositions de relogement : accepter une offre peut donc vous être plus avantageux que la conserver.

C'est la présence ou l'absence de la clause qui change tout : vérifiez votre contrat avant d'estimer vos chances.

Répondre à l'enquête ressources chaque année

C'est un acte annuel, et son absence répétée suffit à faire basculer votre bail.

Chaque année, le bailleur adresse une enquête ressources que vous devez remplir et lui renvoyer. Deux années consécutives sans réponse suffisent à autoriser la résiliation.

Le bailleur peut résilier sans avoir à vous proposer de relogement. Vous disposez de 18 mois à compter du 1er janvier suivant ; 6 mois avant, il indique la date de départ par LRAR ou acte d'huissier.

  • Sans réponse en 2024 et 2025 : départ au plus tard le 1er juillet 2027.
  • Le bailleur informe au plus tard le 1er janvier 2027, par lettre recommandée ou acte d'huissier.
  • L'obligation de quitter disparaît si vous atteignez 65 ans dans l'année qui suit, ou si vos justificatifs prouvent un revenu inférieur au maximum d'un logement social PLS.

Règle

En zone A, Abis ou B1, le handicap, la personne handicapée à votre charge et le quartier prioritaire vous protègent de ce motif. Pas en zone B2 ou C.

Une seule année manquée n'a aucune conséquence : le risque n'apparaît qu'à la deuxième année consécutive.

Vérifier les plafonds de revenus avant le dépassement

Un dépassement de revenus se constate sur deux années consécutives, pas sur une.

Le bailleur peut résilier lorsque l'enquête montre que, 2 années de suite, les revenus annuels dépassent un maximum équivalant à 1,5 fois le revenu maximum pour obtenir un logement social PLS.

Vous êtes informé dès le dépassement de la 2e année. Vous disposez de 18 mois à compter du 1er janvier suivant, sans obligation de relogement pour le bailleur.

  • 1 personne seule : 52 494 € à Paris et dans les communes limitrophes comme en Île-de-France, 45 635 € en province, 41 072 € en outre-mer.
  • 2 personnes : 78 454 € à Paris et en Île-de-France, 60 945 € en province, 54 850 € en outre-mer.
  • 3 personnes : 102 843 € à Paris et les communes limitrophes, 94 305 € en Île-de-France, 73 288 € en province, 65 959 € en outre-mer.

Règle

En zone B2 ou C, le handicap vous protège de ce motif. L'obligation de quitter disparaît aussi si vous atteignez 65 ans dans l'année suivant les deux années.

Repère : plafond PLS de 34 996 € pour une personne seule à Paris et en Île-de-France, 30 424 € en province, 27 382 € en outre-mer.

Vérifier que votre logement n'est pas sous-occupé

Un logement devenu trop grand est un motif de résiliation, avec ses propres délais.

Un logement est sous-occupé lorsque son nombre de pièces de vie dépasse de plus de 1 le nombre de personnes qui l'utilisent comme résidence principale. Ne sont pas comptées cuisine, WC, salle de bain et pièce pour un métier ou un mandat d'élu.

Un logement de 4 pièces habité par un couple est donc sous-occupé. Les conséquences dépendent de la zone.

  • Le bailleur doit proposer 3 logements adaptés à vos besoins, même si vous dépassez les plafonds de revenus.
  • Vous avez plus de 65 ans : les 3 propositions vous sont dues dans la même situation.
  • Logement adapté au handicap devenu non occupé : 3 logements adaptés sont proposés, sans condition d'âge.

Règle

Si vous refusez les 3 propositions, votre bail sera résilié : la 3e proposition est accompagnée du préavis et vous devez partir dans les 6 mois après sa notification.

En cas de décès d'une personne handicapée dont vous aviez la charge, le délai est de 18 mois après la notification de la 3e proposition.

Accepter un relogement et l'aide à la mobilité

Si vous acceptez une proposition de logement, une aide financière y est attachée.

Les 3 propositions doivent respecter les critères de décence, avoir un loyer inférieur à celui du logement quitté et être situées à proximité de celui-ci.

À Paris, Lyon et Marseille, le logement doit être dans le même arrondissement ou un limitrophe ; si la commune est divisée en cantons, dans le même canton ou un limitrophe ; sinon, à 5 km au plus.

  • Déménagement : au moins 1 000 € financés par le bailleur, qui choisit l'entreprise ; sinon 400 € de somme forfaitaire.
  • Abonnements : transfert des réseaux d'eau, d'électricité, de gaz et de téléphonie pris en charge sur justificatifs.
  • Accompagnement : un accompagnement social est mis en place en cas de nécessité.

Règle

Travaux de remise à niveau à votre demande avant emménagement : 1 500 € sans personne à charge, 2 000 €, 2 500 €, 3 000 € et 3 500 € pour 1 à 4 personnes, plus 500 € par personne de plus.

Le dépôt de garantie est au plus égal à celui de l'ancien logement ; les réparations locatives sont facturées sur l'état des lieux de sortie.

Vérifier les situations qui vous protègent

Certaines situations neutralisent complètement un motif de résiliation. Vérifiez la vôtre.

Le motif est écarté si vous êtes handicapé, si vous avez à votre charge une personne handicapée ou en perte d'autonomie, si le logement est en quartier prioritaire, ou si vous avez plus de 65 ans.

Pour les revenus trop élevés, la protection du quartier prioritaire joue si le logement y est situé, ou si vous y habitiez au 31 décembre 2014 en zone non classée depuis le 1er janvier 2015.

  • Quartier prioritaire : la protection vaut aussi si vous occupiez déjà ce quartier lors de votre emménagement.
  • Plus de 65 ans : atteindre cet âge dans l'année suivant deux années consécutives fait disparaître l'obligation de quitter.

Règle

Ces protections écartent le dépassement de revenus et la non-réponse à l'enquête ressources, mais ni les impayés, ni les troubles, ni la sous-occupation.

Pour un dépassement constaté en 2026 et 2027, le bail ne peut être résilié si vous atteignez 65 ans en 2028, ou si vos revenus redeviennent inférieurs au plafond PLS.

Respecter les règles de sous-location et d'échange

Ces opérations sont encadrées, et leur manquement expose à la résiliation.

Vous avez interdiction de sous-louer tout le logement et interdiction de céder le logement, gratuitement ou non. Le bailleur peut saisir le juge pour qu'il résilie votre bail.

La sous-location partielle reste possible : informer le bailleur par lettre recommandée, accueillir la seule personne prévue, et donner au sous-locataire une copie de l'autorisation et du bail.

  • Sous-locataire autorisé : une personne de plus de 60 ans ou handicapée avec un contrat d'accueil familial ; si vous avez 60 ans ou plus, une personne de moins de 30 ans avec un contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire.
  • Échange sans justification : 2 logements loués vides, même bailleur et même ensemble immobilier, demande au bailleur, une famille d'au moins 3 enfants, et la plus nombreuse gagne un logement plus grand.

Règle

Sans ces 5 conditions, l'accord écrit du bailleur est nécessaire. Après l'échange, le bail se poursuit aux mêmes conditions.

L'interdiction porte sur la sous-location totale, pas sur l'accueil encadré d'un proche : la sous-location partielle est souvent la plus sûre.

Connaître les délais de départ et les cas particuliers

Les délais s'organisent autour de trois points : l'assignation, l'audience, la notification.

Trois délais reviennent partout : 3 mois entre l'assignation et l'audience, 2 mois au minimum pour quitter après une expulsion, et un délai propre au motif de l'occupation insuffisante.

Pour le logement occupé moins de 8 mois par an : il doit être occupé au moins 8 mois par an, sauf motif légitime (obligation professionnelle, santé, force majeure), par vous ou vos cohabitants. Départ sous 2 à 3 mois.

  • Troubles à l'ordre public : le préfet peut saisir le juge, ou demander au bailleur social de le saisir.
  • Démolition : le bailleur autorisé propose 3 logements adaptés à vos besoins et revenus, la 3e avec le préavis.
  • Démolition et refus : bail résilié et départ dans les 6 mois après la notification.
  • Exception : l'obligation ne vise pas un bailleur prouvant qu'un logement suitable a été conçu pour votre relogement.

Règle

Le délai dépend du motif : 2 à 3 mois sous 8 mois d'occupation, 6 mois après la 3e proposition, 18 mois si une personne handicapée à votre charge décède.

L'acte d'huissier, aujourd'hui acte de commissaire de justice, notifie ces décisions dans les procédures d'enquête ressources et de revenus.

Textes applicables

Sources officielles

  • Service-Public.fr

    Logement social : le bailleur peut-il résilier le bail et expulser le locataire ?

    Vérifiée le 2026-10-04

    Ouvrir

Voir aussi

Valeurs citées et reprises des sources officielles : 29 juillet 2023 (clause résolutoire obligatoire), 6 semaines de paiement, seuil de 5 000 €, 3 mois avant l'audience, 2 mois pour quitter, 6 mois après la 3e proposition, 18 mois après 2 années, 8 mois d'occupation par an, 1 000 € et 400 € de déménagement, 5 km, 1 500 à 3 500 € de travaux.

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