Vue d'ensemble
Ce qu'il faut savoir avant d'engager ou de subir une saisie sur salaire : conditions requises, déroulement, barème applicable, réforme du 1ᵉʳ juillet 2025.
Ce qu'il faut savoir
- La saisie sur salaire (ou saisie des rémunérations) permet à un créancier muni d'un titre exécutoire de prélever une partie du salaire de son débiteur salarié, quel que soit son contrat (CDI, CDD, intérim).
- La procédure a été profondément réformée au 1ᵉʳ juillet 2025 : un registre numérique national des saisies des rémunérations se substitue à l'ancien système de transmission par le greffe du tribunal.
- La saisie est limitée à une fraction du revenu saisissable, selon un barème fixé par décret. Le solde bancaire insaisissable (SBI) reste toujours laissé à la disposition du débiteur, soit au minimum 651,69 €.
- Le créancier doit au préalable délivrer un commandement de payer par l'intermédiaire d'un commissaire de justice, qui ouvre un délai d'un mois pour contester, payer ou trouver un accord.
- Si le débiteur ne respecte pas l'accord conclu ou si aucun accord n'est trouvé, le créancier fait désigner un commissaire de justice répartiteur et fait signifier un procès-verbal de saisie à l'employeur.
- En cas d'impayé de pension alimentaire, la saisie est particulière : le revenu peut être saisi dans sa totalité, sous la seule réserve du SBI.
- La nature et le montant de la somme saisie doivent figurer sur la fiche de paie ; à défaut, l'employeur s'expose à des sanctions.
Conditions essentielles
- Le créancier doit disposer d'un titre exécutoire constatant une créance liquide (somme chiffrée) et exigible (échéance arrivée).
- Le créancier mandate un commissaire de justice (anciennement huissier de justice, profession fusionnée en 2022), seul habilité à délivrer le commandement de payer.
- Le commissaire de justice inscrit le commandement au registre numérique des saisies des rémunérations, le jour de sa signification au débiteur ou le 1ᵉʳ jour ouvrable suivant.
- Le débiteur dispose d'un délai d'un mois à compter de la notification du commandement pour payer, trouver un accord ou contester.
- En cas d'impayé de pension alimentaire, le créancier peut recourir à la saisie sur salaire, mais peut aussi préférer la procédure de paiement direct pour récupérer les impayés survenus à partir de la demande et jusqu'à 6 mois avant la demande.
Les étapes
- Le créancier mandate un commissaire de justice pour délivrer un commandement de payer au débiteur.
- Le commissaire de justice inscrit le commandement au registre numérique des saisies des rémunérations et le signifie au débiteur.
- Le débiteur dispose d'un mois pour payer, saisir le juge de l'exécution pour contester, ou tenter de trouver un accord avec le créancier.
- En cas d'accord, le commissaire de justice rédige un procès-verbal d'accord ; le débiteur dispose alors d'un délai pour exécuter ses engagements.
- En cas d'échec de la tentative d'accord ou d'accord non respecté, le créancier fait désigner un commissaire de justice répartiteur par la chambre nationale des commissaires de justice.
- Le commissaire de justice fait signifier un procès-verbal de saisie à l'employeur du débiteur (ou à l'entreprise de travail temporaire en cas d'intérim).
- L'employeur retient chaque mois la part saisissable du salaire et la verse au commissaire de justice répartiteur.
- Le commissaire de justice répartiteur répartit les sommes entre les créanciers inscrits selon le barème et les règles de priorité applicables.
Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les détails — conditions du commandement, barème tranche par tranche, règles de répartition entre créanciers, réforme du 1ᵉʳ juillet 2025, voies de contestation — sont traités dans les sections suivantes.
Cette synthèse ne remplace pas la fiche
Pour la procédure applicable aux saisies antérieures au 1ᵉʳ juillet 2025 (transmission par le greffe du tribunal, audience de conciliation, etc.), voir la section « Procédure applicable aux saisies antérieures au 1ᵉʳ juillet 2025 ».
Définition et périmètre de la saisie sur salaire
La saisie sur salaire (dite aussi « saisie des rémunérations ») est une procédure qui permet à un créancier muni d'un titre exécutoire de prélever une partie du salaire d'un salarié, quel que soit son contrat de travail (CDI, CDD, intérim, contrat d'apprentissage sous conditions), pour obtenir le remboursement d'une dette d'argent.
La procédure vise les rémunérations versées par un employeur au titre d'un contrat de travail : salaire de base, heures supplémentaires, primes, commissions, accessoires de salaire. Elle ne s'applique pas aux revenus de remplacement (allocations chômage, pensions de retraite, indemnités journalières), qui relèvent d'autres voies d'exécution (notamment la saisie-attribution ou la saisie-vente).
Règle
La saisie est limitée à une fraction du revenu saisissable, fixée par un barème légal défini pour un débiteur vivant seul. Ce barème est majoré pour chaque personne à charge du débiteur. En cas d'impayé de pension alimentaire, la saisie est totale : la totalité du revenu peut être retenue, sous la seule réserve du solde bancaire insaisissable (SBI) laissé au débiteur.
La profession d'huissier de justice et celle de commissaire-priseur ont fusionné le 1ᵉʳ juillet 2022 pour former la profession de commissaire de justice (ordonnance n° 2022-482 du 28 avril 2022). Les huissiers de justice déjà en exercice sont devenus commissaires de justice de plein droit.
Conditions pour engager la procédure
Pour engager une saisie sur salaire, le créancier doit respecter deux conditions cumulatives : disposer d'un titre exécutoire, et charger un commissaire de justice de délivrer un commandement de payer.
Le créancier doit justifier d'une créance liquide et exigible, constatée par un titre exécutoire. La créance est *liquide* lorsque son montant est chiffré ou facilement déterminable ; elle est *exigible* lorsque l'échéance de paiement est arrivée et que le débiteur n'a pas contesté dans les délais.
- Titre exécutoire
- Il peut s'agir d'une décision de justice (jugement, ordonnance, arrêt) non susceptible de recours ordinaire, d'un acte notarié revêtu de la formule exécutoire, ou de tout autre titre reconnu par la loi (certificat de dépôt de pension de retraite non contestée, etc.).
- Commandement de payer
- Le créancier mandate un commissaire de justice (et non un avocat, ni le créancier lui-même) pour délivrer le commandement de payer au débiteur. Le commissaire de justice doit inscrire le commandement au registre numérique des saisies de rémunérations le jour de sa signification au débiteur ou le 1ᵉʳ jour ouvrable suivant.
- Inscription au registre national
- L'inscription au registre numérique est une condition de validité de la procédure. Elle garantit la publicité de la saisie et permet de coordonner plusieurs créanciers inscrits pour la répartition des sommes.
À défaut de titre exécutoire, le créancier peut saisir le juge de l'exécution (juge du tribunal judiciaire) pour obtenir l'autorisation de pratiquer la saisie. La requête doit être présentée par un commissaire de justice ou un avocat.
Le commandement de payer délivré par le commissaire de justice
Le commandement de payer est l'acte introductif de la saisie. Il informe le débiteur de la dette, lui laisse un délai pour réagir, et l'avertit des voies de recours.
Le commandement de payer doit contenir un ensemble d'informations obligatoires, dont la liste varie selon qu'une inscription figure déjà ou non au registre numérique des saisies des rémunérations. L'absence d'une information obligatoire peut entraîner la nullité du commandement pour vice de forme.
Le commandement de payer est un acte d'exécution rédigé par le commissaire de justice. Il constate la dette, indique au débiteur qu'il dispose d'un mois pour payer ou tenter un accord, et l'informe qu'à défaut la saisie pourra être déclenchée. Il précise également que le débiteur peut saisir à tout moment le juge de l'exécution pour contester.
Règle
Dans tous les cas, le commandement doit mentionner : (1) le titre exécutoire ; (2) le décompte distinct des sommes réclamées en principal, frais et intérêts échus, ainsi que le taux des intérêts ; (3) le délai d'un mois imparti pour payer ou tenter un accord ; (4) l'indication que le débiteur peut saisir le juge de l'exécution à tout moment ; (5) la reproduction des articles R212-1-5 et R212-1-6 du code des procédures civiles d'exécution.
Lorsque aucune inscription ne figure au registre, le commandement doit en outre indiquer que le débiteur peut adresser un courrier au commissaire de justice pour tenter un accord, et qu'à défaut d'envoi il sera réputé avoir refusé. Lorsqu'une inscription préexiste figure au registre, le commandement doit en outre indiquer la date à laquelle expire le délai de contestation, la désignation du tribunal compétent, et l'indication que contester n'empêche pas un autre créancier de délivrer son propre commandement.
- Le titre exécutoire fondant la créance.
- Le décompte détaillé : somme due en principal, frais de procédure, intérêts échus, taux des intérêts.
- La sommation de payer ou de trouver un accord dans le délai d'un mois.
- L'indication que le débiteur peut saisir le juge de l'exécution à tout moment pour contester (en caractères très apparents).
- L'indication que l'assignation au juge de l'exécution dans le délai d'un mois suspend la procédure (en caractères très apparents).
- La reproduction des articles R212-1-5 et R212-1-6 du code des procédures civiles d'exécution.
- L'indication que, si le débiteur s'estime en situation de surendettement, il peut déposer un dossier devant la commission de surendettement.
La tentative d'accord entre créancier et débiteur
La procédure impose une tentative d'accord entre le créancier et le débiteur avant que la saisie proprement dite ne soit engagée. Cette phase est obligatoire : le commissaire de justice doit la proposer avant de signifier le procès-verbal de saisie à l'employeur.
La tentative d'accord vise à rechercher une solution amiable : paiement échelonné, remise partielle, délais de grâce. Elle suspend le cours de la procédure pendant le délai imparti. Si elle aboutit, un procès-verbal d'accord est rédigé ; si elle échoue, le créancier peut reprendre la procédure de saisie.
Règle
Si le créancier et le débiteur acceptent l'accord proposé par le commissaire de justice, celui-ci rédige un procès-verbal d'accord signé par les parties. Le commissaire de justice envoie une copie au créancier et au débiteur. Si le débiteur n'applique pas l'accord, le créancier peut reprendre la procédure de saisie, en faisant désigner un commissaire de justice répartiteur puis en faisant signifier un procès-verbal de saisie à l'employeur.
Si l'accord est refusé ou ne peut être trouvé, le créancier peut reprendre la procédure de saisie. Pour cela, il déclenche la saisie en demandant la désignation d'un commissaire de justice répartiteur, puis fait signifier par ce dernier un procès-verbal de saisie à l'entreprise qui emploie le débiteur (ou à l'entreprise de travail temporaire en cas d'intérim).
La tentative d'accord est gratuite pour le débiteur : aucun frais n'est mis à sa charge si la tentative échoue. Si elle aboutit, les frais du commissaire de justice pour la rédaction du procès-verbal d'accord sont à la charge du créancier.
Quel est le montant maximum saisissable ?
Le montant maximum de la saisie sur salaire dépend de la nature de la dette : en cas d'impayé de pension alimentaire, la saisie peut porter sur la totalité du revenu ; pour toute autre dette, une fraction du revenu est retenue selon un barème légal.
Pour les autres dettes que les impayés de pension alimentaire, seule une fraction du revenu saisissable est retenue par l'employeur. Cette fraction est déterminée par un barème défini pour un débiteur vivant seul (voir section « Barème en vigueur »). Le barème est majoré pour chaque personne à charge du débiteur.
Le revenu saisissable est le salaire net fiscal du débiteur, après déduction des cotisations sociales obligatoires, du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, et de la contribution sociale généralisée (CSG) et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Les remboursements de frais professionnels sont exclus.
La nature et le montant de la somme saisie doivent être mentionnés sur la fiche de paie, sous peine de sanctions à l'encontre de l'employeur. Cette mention permet au salarié de vérifier la conformité de la retenue pratiquée.
Barème en vigueur : détail tranche par tranche
Le barème applicable à la saisie sur salaire fixe, pour chaque tranche du revenu mensuel saisissable, une fraction saisissable et un montant cumulé maximum.
Le barème progresse par paliers : la fraction saisissable augmente avec le niveau de revenu, tout en plafonnant le montant retenu à un niveau supportable pour le débiteur. Le barème en vigueur s'applique aux saisies engagées à compter du 1ᵉʳ juillet 2025.
| Tranche | Ressources mensuelles saisissables | Part saisissable | Montant maximum cumulé |
|---|---|---|---|
| 1 | Jusqu'à 373,33 € | 1/20ᵉ | 18,67 € |
| 2 | Au-delà de 373,33 € et jusqu'à 727,50 € | 1/10ᵉ | 54,08 € |
| 3 | Au-delà de 727,50 € et jusqu'à 1 083,33 € | 1/5ᵉ | 125,25 € |
| 4 | Au-delà de 1 083,33 € et jusqu'à 1 435,83 € | 1/4 | 213,37 € |
| 5 | Au-delà de 1 435,83 € et jusqu'à 1 789,17 € | 1/3 | 331,15 € |
| 6 | Au-delà de 1 789,17 € et jusqu'à 2 150,83 € | 2/3 | 572,26 € |
| 7 | Au-delà de 2 150,83 € | 100 % | 572,26 € + totalité des sommes au-delà |
1
- Ressources mensuelles saisissables
- Jusqu'à 373,33 €
- Part saisissable
- 1/20ᵉ
- Montant maximum cumulé
- 18,67 €
2
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 373,33 € et jusqu'à 727,50 €
- Part saisissable
- 1/10ᵉ
- Montant maximum cumulé
- 54,08 €
3
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 727,50 € et jusqu'à 1 083,33 €
- Part saisissable
- 1/5ᵉ
- Montant maximum cumulé
- 125,25 €
4
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 1 083,33 € et jusqu'à 1 435,83 €
- Part saisissable
- 1/4
- Montant maximum cumulé
- 213,37 €
5
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 1 435,83 € et jusqu'à 1 789,17 €
- Part saisissable
- 1/3
- Montant maximum cumulé
- 331,15 €
6
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 1 789,17 € et jusqu'à 2 150,83 €
- Part saisissable
- 2/3
- Montant maximum cumulé
- 572,26 €
7
- Ressources mensuelles saisissables
- Au-delà de 2 150,83 €
- Part saisissable
- 100 %
- Montant maximum cumulé
- 572,26 € + totalité des sommes au-delà
Le montant maximum cumulé est le total des retenues qui peuvent être pratiquées sur le mois : il est obtenu en additionnant les fractions saisissables sur chaque tranche. À partir de la 7ᵉ tranche, la fraction est de 100 % sur les sommes excédant le seuil : la totalité du revenu au-delà de 2 150,83 € est saisissable.
Règle
Exemple 1 — pour un débiteur dont le total des ressources mensuelles saisissables est de 1 500 €, le montant de la saisie peut aller jusqu'à : 331,15 € − ((1 789,17 € − 1 500 €) × 1/3) = 234,76 € par mois. Exemple 2 — pour un débiteur dont le total des ressources mensuelles saisissables est de 2 500 €, le montant peut aller jusqu'à : 572,26 € + (2 500 € − 2 150,83 €) = 921,43 € par mois.
Le barème est disponible sur justice.fr : https://www.justice.fr/simulateurs/saisies-remunerations/bareme. Un simulateur officiel permet d'estimer le montant maximum saisissable : https://www.justice.fr/simulateurs/saisies-remunerations#simuler.
Personnes à charge et majoration du barème
Le barème est majoré pour tenir compte des personnes à charge du débiteur. La majoration est de 145,00 € par mois et par personne à charge, sous réserve de justificatifs.
La majoration reflète la capacité contributive réelle du débiteur : plus le débiteur a de personnes à charge, plus ses charges fixes sont élevées, et plus le montant saisissable doit être réduit pour préserver un niveau de vie décent au foyer.
- Époux, partenaire de Pacs ou concubin
- Dont les ressources personnelles sont inférieures à 651,69 € par mois. Justificatif : avis d'imposition, bulletins de paie, attestation Pôle Emploi / CAF / MSA.
- Enfants à charge
- Enfants qui vivent avec le débiteur ou pour lesquels il verse une pension alimentaire. Justificatif : livret de famille, jugement de divorce fixant la pension, attestation de la Caf/MSA versant les allocations familiales.
- Ascendant
- Parent (ou grand-parent) dont les ressources sont inférieures à 651,69 € par mois et qui vit avec le débiteur ou pour lequel le débiteur verse une pension alimentaire. Justificatif : avis d'imposition, attestation de domicile, justificatif de pension alimentaire.
Le débiteur doit justifier la charge invoquée au commissaire de justice ou au juge de l'exécution en cas de contestation. À défaut de justificatifs, la majoration n'est pas appliquée.
Versement des sommes au créancier
L'employeur retient chaque mois la part saisissable du salaire et la verse au commissaire de justice répartiteur, qui la reverse au(x) créancier(s). La procédure varie selon qu'il y a un ou plusieurs créanciers concernés.
L'employeur a l'obligation de pratiquer la retenue sur le salaire du débiteur dès réception du procès-verbal de saisie, et de la verser mensuellement au commissaire de justice répartiteur désigné. Il doit mentionner la nature et le montant de la retenue sur la fiche de paie.
Le commissaire de justice répartiteur est désigné par la chambre nationale des commissaires de justice à la demande du créancier. Il est chargé de centraliser les versements de l'employeur, de vérifier leur conformité au barème, et de les répartir entre les créanciers inscrits selon les règles de priorité.
Le débiteur qui change d'employeur en cours de procédure doit en informer le commissaire de justice répartiteur. Le nouveau procès-verbal de saisie est signifié à son nouvel employeur.
Cas d'un seul créancier
Lorsqu'un seul créancier est inscrit au registre numérique des saisies des rémunérations, la procédure de répartition est simplifiée.
Le commissaire de justice répartiteur verse chaque mois au créancier les sommes qu'il a reçues de l'employeur, après vérification de leur conformité au barème et au montant autorisé.
Règle
Aucune répartition proportionnelle n'est nécessaire : le créancier unique perçoit l'intégralité des sommes saisies, dans la limite du montant de sa créance en principal, frais et intérêts.
Le créancier unique reçoit du commissaire de justice répartiteur un relevé mensuel des versements effectués. Il peut à tout moment demander la vérification des comptes.
Cas de plusieurs créanciers
Lorsque plusieurs créanciers sont inscrits au registre numérique des saisies des rémunérations, la procédure impose l'élaboration d'un projet de répartition soumis à chaque créancier.
La répartition entre créanciers suit les règles de priorité prévues par le code des procédures civiles d'exécution : les créances alimentaires (pensions, créances privilégiées) sont servies en priorité, suivies des créances garanties par une sûreté, puis des créances chirographaires au marc le franc (à proportion de leur montant).
Règle
Le commissaire de justice répartiteur notifie un projet de répartition à chaque créancier inscrit. Le projet doit comporter : (1) un décompte détaillé des frais de répartition ; (2) l'indication que chaque créancier peut demander la vérification par le greffe du tribunal (en caractères très apparents) ; (3) l'indication que chaque créancier dispose d'un délai de 8 jours pour adresser ses remarques au commissaire de justice répartiteur.
À l'issue du délai de 8 jours, le commissaire de justice répartiteur établit un état de répartition définitif, qui est notifié aux créanciers et au débiteur. Le débiteur ou chaque créancier peut contester l'état de répartition devant le juge de l'exécution, à la condition de le faire dans un délai de 8 jours. S'il le fait, il doit en avertir le commissaire de justice répartiteur le jour même ou le 1ᵉʳ jour ouvrable suivant, par lettre recommandée avec accusé de réception.
Ce qui change au 1ᵉʳ juillet 2025
La réforme entrée en vigueur au 1ᵉʳ juillet 2025 substitue l'ancien système de transmission par le greffe du tribunal par une plateforme numérique nationale. Le registre numérique des saisies des rémunérations devient l'outil central de la procédure.
La réforme vise à accélérer la procédure (suppression des délais liés à la transmission par le greffe), à sécuriser la publicité des saisies (inscription immédiate et opposable aux tiers) et à simplifier la coordination entre créanciers multiples (via le registre national).
Règle
À partir du 1ᵉʳ juillet 2025, la procédure de saisie sur salaire est transmise par le greffe du tribunal au commissaire de justice du créancier. Cette transmission prend la forme d'un procès-verbal contenant : (1) nom, prénoms et domicile du créancier (s'il s'agit d'une personne morale, son siège social) ; (2) nom, prénoms et domicile du débiteur ; (3) nom et adresse de l'entreprise qui emploie le débiteur ; (4) montant pour lequel la saisie a été autorisée.
Le commissaire de justice doit ensuite transmettre ce procès-verbal au commissaire de justice répartiteur, désigné par la chambre nationale des commissaires de justice. Le créancier dispose ensuite d'un délai de 3 mois pour confirmer au commissaire de justice, par tous moyens, sa volonté de poursuivre la procédure. Cette confirmation doit être inscrite au registre numérique.
Les sommes versées par l'employeur jusqu'au 30 juin 2025 sont réparties, avant le 1ᵉʳ octobre 2025, entre les créanciers concernés par le greffe du tribunal. Tout versement fait au greffe du tribunal après le 1ᵉʳ juillet 2025 est rejeté.
- Registre numérique national
- Le registre numérique des saisies des rémunérations centralise toutes les inscriptions. Il est alimenté par les commissaires de justice en charge de la procédure et consultable par les créanciers et le juge de l'exécution.
- Procès-verbal de saisie
- Le procès-verbal de saisie est l'acte par lequel le commissaire de justice répartiteur notifie la saisie à l'employeur. Sa date de signification à l'employeur marque le point de départ de l'obligation de retenue mensuelle.
- Commissaire de justice répartiteur
- Désigné par la chambre nationale des commissaires de justice, il est le tiers centralisateur qui reçoit les versements de l'employeur et les répartit entre les créanciers inscrits. Il est rémunéré par les frais de répartition mis à la charge des créanciers.
Procédure applicable aux saisies antérieures au 1ᵉʳ juillet 2025
Les saisies antérieures au 1ᵉʳ juillet 2025 suivent une procédure distincte, articulée autour d'une audience de conciliation devant le greffe du tribunal. Cette procédure transitoire coexiste avec la nouvelle procédure pour les saisies en cours.
L'étape de la procédure en cours au 1ᵉʳ juillet 2025 détermine les modalités de poursuite : employeur verse déjà au greffe, juge a autorisé la saisie, requête vient d'être déposée. Le législateur a prévu des règles spécifiques pour chaque cas afin d'éviter les blocages.
Cas 3 — Audience de conciliation — accord trouvé : un procès-verbal de conciliation est rédigé, signé par le créancier et le débiteur. La saisie sur salaire n'a pas lieu. Si le débiteur ne respecte pas les engagements pris lors de l'audience, le créancier peut reprendre la procédure de saisie sur salaire.
Règle
Cas 4 — Audience de conciliation — désaccord : un procès-verbal de non-conciliation est rédigé. Il indique le montant de la créance pour laquelle la saisie pourra être effectuée. Le greffe du tribunal transmet la procédure au commissaire de justice du créancier, qui la fait suivre au commissaire de justice répartiteur. Le créancier dispose alors de 3 mois pour confirmer sa volonté de poursuivre.
Cas 5 — Débiteur a contesté la saisie : un procès-verbal de non-conciliation est rédigé. Le juge de l'exécution statue sur la contestation, immédiatement ou lors d'une audience ultérieure. Lorsque le juge autorise la saisie et que le jugement n'est plus susceptible de recours (délai expiré ou plus de recours possible), la procédure est transmise au commissaire de justice du créancier, qui la transmet au commissaire de justice répartiteur. La procédure se poursuit alors selon les règles applicables aux saisies engagées à partir du 1ᵉʳ juillet 2025.
Comment contester le commandement de payer ?
Le débiteur peut contester le commandement de payer, notamment pour vice de forme (lorsqu'au moins une des informations obligatoires est manquante) ou pour contester la créance elle-même (montant, exigibilité, qualité du titre exécutoire).
La contestation se fait devant le juge de l'exécution (juge du tribunal judiciaire du lieu de résidence du débiteur ou du lieu d'exécution de la saisie). Le débiteur dispose d'un délai d'un mois à compter de la notification du commandement pour saisir le juge.
La contestation est portée par assignation (acte d'huissier de justice) signifiée au créancier. L'assignation doit être délivrée dans le délai d'un mois après la notification du commandement de payer. À défaut, le débiteur est réputé avoir accepté la procédure.
Règle
L'assignation au juge de l'exécution suspend le cours de la procédure de saisie jusqu'à la décision du juge. Le juge peut annuler le commandement, ordonner la mainlevée de la saisie, ou rejeter la contestation. Sa décision est exécutoire de plein droit.
Le débiteur peut également demander un délai de grâce au juge de l'exécution, qui peut reporter ou échelonner le paiement de la dette en considération de la situation du débiteur (charges de famille, âge, état de santé, situation économique).
- Vice de forme : absence d'une information obligatoire dans le commandement (voir section « Le commandement de payer »).
- Contestation de la créance : montant, calcul des intérêts, caractère liquide ou exigible, qualité du titre exécutoire.
- Surendettement : si le débiteur s'estime en situation de surendettement, il peut déposer un dossier devant la commission de surendettement (voir section « Débiteur en situation de surendettement »).
- Demande de délai de grâce : possibilité d'obtenir un échelonnement du paiement en fonction de la situation personnelle du débiteur.
Débiteur en situation de surendettement
Le débiteur qui s'estime en situation de surendettement peut déposer un dossier auprès de la commission de surendettement (commission départementale de surendettement des particuliers, rattachée à la Banque de France).
La procédure de surendettement est distincte de la saisie sur salaire : elle ne suspend pas automatiquement la saisie en cours, mais peut aboutir à des mesures de désendettement (rééchelonnement, effacement partiel, suspension des procédures d'exécution) décidées par la commission ou par le juge.
Le dossier de surendettement doit comprendre les justificatifs de la situation financière du débiteur (ressources, charges, dettes, patrimoine). La commission examine le dossier et, si la situation est jugée recevable, propose des mesures qui sont soumises au débiteur et aux créanciers. En cas d'impayé de pension alimentaire, la dette reste en priorité hors du champ de l'effacement.
Règle
Le commandement de payer doit mentionner la possibilité de déposer un dossier de surendettement (voir section « Le commandement de payer »). Cette mention permet au débiteur de connaître cette voie de recours parallèle.
À défaut de solution amiable, le débiteur peut demander l'ouverture d'une procédure de rétablissement personnel (procédure de « liquidation judiciaire » du particulier), qui peut aboutir à l'effacement total des dettes (hors dettes alimentaires).
Pour les règles propres à la procédure de surendettement, voir la fiche F134 « Déposer un dossier de surendettement devant la commission de surendettement ».
Textes applicables
- Code des procédures civiles d'exécution — articles L.212-1 et suivantsTexte législatif
- Code du travail : articles R3252-1 à R3252-49Légifrance
- Code des procédures civiles d'exécution : articles L212-1 à L212-16Légifrance
- Code des procédures civiles d’exécution : articles R211-1 à R213-13Légifrance
- Loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 d'orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027 : article 60Légifrance
- Code des procédures civiles d'exécution : articles L121-1 à L121-4Légifrance
- Code des procédures civiles d'exécution : articles R121-5 à R121-10Légifrance
- Décret n° 2025-125 du 12 février 2025 relatif à la nouvelle procédure de saisie des rémunérationsLégifrance
- Arrêté du 20 juin 2025 relatif aux tarifs réglementés applicables aux prestations de saisie des rémunérations par les huissiers de justice et les commissaires de justiceLégifrance
Sources officielles
- OuvrirService-Public.fr
Saisie sur salaire (ou "saisie des rémunérations")
Vérifiée le 2026-10-04
Voir aussi
- Solde bancaire insaisissable (SBI)Le SBI protège automatiquement un solde minimum sur le compte bancaire du débiteur.
- Pension alimentaire impayée : paiement directProcédure spécifique pour le recouvrement des pensions alimentaires impayées.
- Déposer un dossier de surendettementProcédure applicable aux particuliers en situation de surendettement.
Les règles de la saisie sur salaire sont fixées par le code des procédures civiles d'exécution et le code du travail. La réforme du 1ᵉʳ juillet 2025 a profondément modifié la procédure : un registre numérique national se substitue au système antérieur de transmission par le greffe du tribunal. Pour vérifier les dernières évolutions ou obtenir un accompagnement, contacter la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS), un commissaire de justice, un avocat spécialisé ou un point justice (anciennement maison de la justice et du droit).
