Vue d'ensemble
Ce qu'il faut savoir sur la comparution à délai différé : conditions d'application, déroulement de la procédure, mesures de sûreté, audience et coût.
Ce qu'il faut savoir
- La comparution à délai différé permet au procureur de la République de convoquer rapidement l'auteur d'un délit devant le tribunal correctionnel.
- Elle s'applique lorsque 4 conditions sont réunies : délit puni d'au moins 2 ans de prison (ou 6 mois en cas de flagrant délit), charges suffisantes, dossier incomplet, prévenu assisté par un avocat.
- La procédure ne peut pas être utilisée pour les crimes, les contraventions, les mineurs, certains délits de presse ou politiques et les infractions soumises à une loi spéciale.
- Après le défèrement, le prévenu est présenté au juge des libertés et de la détention, qui peut imposer un contrôle judiciaire, une assignation à résidence sous surveillance électronique (ARSE) ou une détention provisoire (si peine encourue au moins 3 ans).
- L'audience devant le tribunal correctionnel doit se tenir dans un délai de 2 mois à compter de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention ; passé ce délai, la mesure prend fin.
- La procédure est gratuite ; l'avocat du prévenu est rémunéré par l'aide juridictionnelle, que la personne condamnée doit rembourser au Trésor public si elle ne remplit pas les conditions.
- La victime peut se constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts ; la partie civile peut bénéficier de l'aide juridictionnelle.
Conditions essentielles
- Le prévenu a commis un délit puni d'au moins 2 ans de prison (ou d'au moins 6 mois en cas de flagrant délit).
- Les charges retenues sont suffisantes pour que le prévenu comparaisse devant le tribunal correctionnel.
- Le dossier est incomplet : il manque des éléments demandés par le procureur (examen médical, examen technique…).
- Le prévenu est assisté par un avocat.
Les étapes
- Enquête préliminaire ou de flagrance par les services de police ou de gendarmerie.
- Placement en garde à vue puis défèrement devant le procureur de la République.
- Le procureur notifie les faits, informe le prévenu de ses droits (se taire, interprète, avocat de son choix ou commis d'office).
- Le procureur décide de poursuivre par la procédure de comparution à délai différé et requiert la présentation au juge des libertés et de la détention.
- Le juge des libertés et de la détention entend le prévenu et son avocat, puis rend une ordonnance sur les mesures de sûreté.
- L'ordonnance saisit le tribunal correctionnel ; l'audience doit se tenir dans un délai de 2 mois.
- Le procès se déroule devant le tribunal correctionnel, selon les mêmes règles que les autres procès.
Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les détails — défèrement, mesures de sûreté, audience, coût et aide juridictionnelle — sont traités dans les sections suivantes.
Cette synthèse ne remplace pas la fiche
Pour le déroulement du défèrement et de la présentation au juge des libertés et de la détention, voir les sections dédiées. Pour le coût et l'aide juridictionnelle, voir la section « Coût et aide juridictionnelle ».
Qu'est-ce que la comparution à délai différé ?
La comparution à délai différé est une procédure qui permet au procureur de la République de convoquer rapidement l'auteur d'un délit devant le tribunal correctionnel.
Cette procédure s'applique lorsqu'il existe des charges suffisantes mais que le dossier est incomplet : il n'est pas en état d'être jugé après la garde à vue, parce qu'il manque des éléments demandés par le procureur de la République (examen médical, examen technique…). Le prévenu est présenté au juge des libertés et de la détention, qui statue sur les mesures de sûreté ; l'audience de jugement se tient ensuite devant le tribunal correctionnel dans un délai de 2 mois.
Règle
La procédure est régie par le code de procédure pénale (articles 393 à 397-7). Elle ne peut pas être utilisée pour les crimes et les contraventions. De plus, elle ne s'applique pas pour les mineurs, pour certains délits de presse ou politiques et pour les infractions soumises à une loi spéciale (par exemple forêts, pêche).
La comparution à délai différé se distingue de la comparution immédiate (dossier complet, jugement rapide sans délai) et de la convocation par procès-verbal (dossier complet, audience fixée à plus long terme). Elle vise les dossiers incomplets mais suffisamment étayés.
Conditions d'application de la procédure
La procédure de comparution à délai différé s'applique lorsque 4 conditions sont réunies simultanément.
Les 4 conditions sont : (1) le prévenu a commis un délit puni d'au moins 2 ans de prison, ou d'au moins 6 mois en cas de flagrant délit ; (2) les charges retenues sont suffisantes pour que le prévenu comparaisse devant le tribunal correctionnel ; (3) le dossier est incomplet — il n'est pas en état d'être jugé après la garde à vue, en raison d'éléments manquants demandés par le procureur (examen médical, examen technique…) ; (4) le prévenu est assisté par un avocat.
Règle
Le procureur de la République apprécie souverainement la réunion de ces 4 conditions pour décider de poursuivre par cette procédure. L'assistance par un avocat est une condition de validité de la procédure : le prévenu doit être assisté, qu'il choisisse son propre avocat ou demande un avocat commis d'office.
Les exclusions (crimes, contraventions, mineurs, délits de presse ou politiques, infractions soumises à une loi spéciale) limitent le champ d'application de la procédure aux délits de droit commun, commis par des majeurs.
Défèrement devant le procureur
Après une enquête préliminaire ou de flagrance menée par les services de police ou de gendarmerie, le prévenu peut être placé en garde à vue par le procureur de la République. On parle de défèrement : le prévenu, mis en garde à vue, est déféré devant le procureur de la République.
Lors du défèrement, le procureur de la République : notifie au prévenu les faits qui lui sont reprochés ; l'informe de son droit de faire des déclarations, de répondre aux questions qui lui sont posées ou de se taire ; l'avise de son droit à l'assistance d'un interprète s'il ne comprend pas le français. Le prévenu peut être assisté par un avocat de son choix ; il peut également demander à être assisté par un avocat commis d'office. L'avocat peut consulter immédiatement le dossier.
Règle
À l'issue du défèrement, le procureur de la République peut décider de poursuivre le prévenu par la procédure de comparution à délai différé. Les réquisitions précisent les raisons justifiant le recours à cette procédure et, s'il y a lieu, les actes en cours dont les résultats sont en attente. Le défèrement d'un prévenu n'est pas déduit du temps de la garde à vue.
Le défèrement est l'acte par lequel le procureur reçoit le prévenu après garde à vue. C'est à l'issue de cet entretien que le procureur décide de la suite à donner : alternative aux poursuites, comparution immédiate, comparution à délai différé, ou mise en examen avec instruction.
Présentation au juge des libertés et de la détention
Le prévenu doit être présenté au juge des libertés et de la détention sur réquisitions du procureur de la République. Cette présentation permet le placement du prévenu sous l'une des mesures suivantes : contrôle judiciaire, assignation à résidence sous surveillance électronique (ARSE), ou détention provisoire lorsque la peine encourue est égale ou supérieure à 3 ans d'emprisonnement.
Le prévenu est présenté au juge des libertés et de la détention en présence de son avocat. Il est entendu sur les faits qui lui sont reprochés ; son avocat est entendu en sa plaidoirie. À l'issue du débat, le juge rend une ordonnance statuant sur les mesures de sûreté. Le juge impose ces mesures pour : garantir le maintien du prévenu à disposition de la justice ; éviter le renouvellement du délit ou y mettre fin ; empêcher toute concertation avec des complices ; conserver des preuves ou indices ; éviter l'exercice d'une quelconque pression sur les victimes, les témoins ou leur famille ; protéger la personne mise en examen.
Règle
Le juge peut refuser de suivre les réquisitions du procureur de la République et ne prononcer aucune mesure de sûreté contre le prévenu. Dans ce cas, le prévenu sort libre avec sa convocation. L'ordonnance du juge des libertés et de la détention saisit le tribunal correctionnel : le prévenu devra comparaître au plus tard dans un délai de 2 mois. Passé ce délai, la mesure est automatiquement mise fin.
Le contrôle judiciaire peut comporter un pointage régulier, une limitation des déplacements et diverses interdictions. L'ARSE (assignation à résidence sous surveillance électronique) implique le port d'un bracelet électronique. La détention provisoire est réservée aux délits punis d'au moins 3 ans d'emprisonnement.
Audience devant le tribunal correctionnel
L'audience devant le tribunal correctionnel doit se tenir dans un délai de 2 mois à compter de l'ordonnance rendue par le juge des libertés et de la détention. Passé ce délai, la mesure prise par ce magistrat prend fin.
Le procès en comparution à délai différé se déroule devant le tribunal correctionnel. Les règles sont les mêmes que pour les autres procès devant cette juridiction. Les parties au procès sont avisées de la date d'audience et de leurs droits ; les actes de procédure en attente sont joints au dossier. La victime de l'infraction est informée par tous moyens (par courrier, par la police…) de la date de l'audience. Si elle veut demander des dommages et intérêts en réparation de son préjudice, elle doit se constituer partie civile. La partie civile peut demander un renvoi à une autre audience pour un motif légitime (grave empêchement, hospitalisation…). Toute personne ayant des informations sur l'affaire peut être témoin : la demande de témoignage peut être faite par le procureur, le prévenu, la partie civile ou les avocats. La personne ne doit pas forcément avoir directement assisté à l'infraction ; elle peut témoigner sur les faits reprochés au prévenu, sa personnalité ou sa moralité. Le témoin est avisé par tous moyens de la date d'audience.
Règle
Si le témoin ne se présente pas au tribunal et qu'il n'a pas d'excuse valable (une hospitalisation par exemple), le tribunal peut le y contraindre avec le recours de la police. La non-comparution, le refus de témoigner et le faux témoignage sont punis par la loi.
Les demandes d'actes effectuées par le procureur dans ses réquisitions (examens techniques, médicaux…) sont versées au dossier et mises à la disposition des parties ou de leurs avocats. Jusqu'à l'audience de jugement, le prévenu ou son avocat peuvent demander au président du tribunal la réalisation de tout acte nécessaire à la manifestation de la vérité ; si le prévenu est détenu, la demande peut être faite par déclaration auprès du chef de l'établissement pénitentiaire. La partie civile ou son avocat peuvent également faire des demandes d'actes (audition de témoin, expertise…).
Coût et aide juridictionnelle
La procédure de comparution à délai différé est gratuite. La procédure étant rapide et l'avocat obligatoire pour le prévenu, l'avocat est rémunéré par l'aide juridictionnelle.
À la fin de la procédure, si la personne condamnée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle, elle doit rembourser au Trésor public les sommes versées à l'avocat. La personne condamnée doit en outre payer les droits fixes de procédure, car ils ne sont pas couverts par l'aide juridictionnelle. La victime ou la partie civile peut bénéficier de l'aide juridictionnelle si ses revenus ne lui permettent pas de payer les frais d'avocat.
Règle
L'aide juridictionnelle est régie par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Les droits fixes de procédure sont prévus par le code général des impôts (article 1018 A).
Le remboursement de l'aide juridictionnelle à la fin de la procédure vise à éviter que des personnes condamnées, dont la situation financière s'améliore ou qui ne remplissaient pas les conditions au moment des faits, bénéficient indûment de la prise en charge par l'État.
Textes applicables
- Code de procédure pénale — articles 393 à 397-7Texte légal
- Loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 — aide juridiqueTexte légal
- Circulaire du 8 avril 2019 relative aux alternatives aux poursuites, aux poursuites et au jugementLégifrance
- Code général des impôts : article 1018 ALégifrance
- Code pénal : articles 131-12 à 131-18Légifrance
- Code de procédure pénale : articles 75 à 78Légifrance
Sources officielles
- OuvrirService-Public.fr
Qu'est-ce qu'une comparution à délai différé ?
Vérifiée le 2026-10-04
Voir aussi
- Circulaire du 8 avril 2019 — alternatives aux poursuites, poursuites et jugement (PDF)
- Code général des impôts — article 1018 A (droits fixes de procédure)
- Maison de justice et du droit — annuaire
Les règles de la comparution à délai différé sont fixées par le code de procédure pénale (articles 393 à 397-7). Les mesures de sûreté (contrôle judiciaire, ARSE, détention provisoire) sont prononcées par le juge des libertés et de la détention. L'assistance par un avocat est obligatoire. Vérifier les dernières évolutions auprès d'un avocat ou de la maison de justice et du droit.
