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Divorce pour faute

Un divorce pour faute est prononcé par le juge aux affaires familiales en cas de violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage. La procédure se déroule devant le juge et le divorce est prononcé aux torts exclusifs ou aux torts partagés des époux.

Vue d'ensemble

Ce qu'il faut savoir sur le divorce pour faute : conditions, fautes admises, preuve, procédure et conséquences.

Ce qu'il faut savoir

  • Le divorce pour faute est prononcé en cas de violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage, qui rend intolérable le maintien de la vie commune.
  • Les devoirs du mariage sont la fidélité, le secours, l'assistance et le respect ; les obligations sont la contribution aux charges du mariage et la communauté de vie.
  • La preuve se rapporte par tout moyen (aveu, écrits, SMS, mails, constats de commissaire de justice, témoignages, certificats médicaux), sous réserve d'exclusion des preuves obtenues par violence ou fraude.
  • Le divorce pour faute ne peut pas être demandé dès l'assignation : il doit être présenté dans les conclusions (en cours de procédure).
  • Vous devez prendre un avocat. Le demandeur paie un timbre fiscal de 50 € ; une aide juridictionnelle est possible.
  • Le divorce est prononcé aux torts exclusifs d'un époux (si un seul est fautif) ou aux torts partagés (si les deux sont fautifs).
  • Le juge peut refuser la prestation compensatoire même si des disparités existent. Des dommages et intérêts peuvent être accordés à l'époux aux torts exclusifs de l'autre.
  • La demande de dommages et intérêts doit être faite pendant la procédure : elle n'est plus possible après le divorce.

Conditions essentielles

  • Reprocher à l'autre époux une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage.
  • La violation doit rendre intolérable le maintien de la vie commune.
  • Les faits doivent avoir lieu pendant le mariage (ou pendant l'instance en divorce), sauf cas particuliers (dissimulation d'état mental déficient avant le mariage).
  • Prendre un avocat et présenter la demande dans les conclusions (pas dans l'assignation).

Les étapes

  • Consulter un avocat pour évaluer la recevabilité et l'opportunité de la demande.
  • Rassembler les preuves de la faute (écrits, constats, témoignages, certificats médicaux).
  • Lancer la procédure de divorce (assignation ou requête conjointe, selon le cas).
  • Présenter la demande de divorce pour faute dans les conclusions (pas dans l'assignation).
  • Éventuellement demander à passer à un autre type de divorce (« passerelle ») en cas d'accord.
  • Attendre le prononcé du divorce par le juge aux affaires familiales (torts exclusifs ou partagés).
  • Régler la prestation compensatoire et les dommages et intérêts éventuels.

Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les détails — fautes admises, modes de preuve, conséquences — sont traités dans les sections suivantes.

Cette synthèse ne remplace pas la fiche

Pour les règles propres aux fautes admises, à la preuve ou aux conséquences, voir les sections « Fautes admises », « Comment prouver la faute ? » et « Conséquences du divorce pour faute ».

Pour quelles raisons demander un divorce pour faute ?

Vous pouvez demander un divorce pour faute si vous reprochez à votre époux ou épouse une violation grave ou renouvelée des droits et obligations issus du mariage. Cette violation doit rendre intolérable le maintien de votre vie commune.

Les devoirs du mariage sont la fidélité, le secours, l'assistance et le respect. Ils continuent à s'appliquer pendant l'instance en divorce. Les obligations du mariage sont la contribution aux charges du mariage et la communauté de vie. Certains faits uniques suffisamment graves peuvent entraîner le divorce (un acte de violence par exemple). D'autres faits, s'ils n'arrivent qu'une fois, ne justifient pas le divorce, mais leur répétition peut avoir cette conséquence (un comportement méprisant ou injurieux répété par exemple). Les faits commis doivent vous empêcher de continuer à vivre avec votre époux ou épouse. Ils doivent avoir lieu pendant le mariage (ou pendant l'instance en divorce). Certains faits antérieurs au mariage peuvent être retenus (par exemple, la dissimulation d'un état mental déficient). En revanche, si les faits sont anciens et que vous les avez acceptés en adoptant un certain mode de vie, ils ne rendent pas intolérables le maintien de la vie commune.

Règle

Vous devez prouver une faute commise par votre époux ou épouse. Le comportement d'un époux peut excuser les agissements de l'autre (par exemple, abandon du domicile conjugal excusé quand l'épouse craint pour elle-même ou ses enfants les violences commises par son mari).

Un époux ou épouse peut reprocher une ou plusieurs fautes à l'autre époux. C'est au juge aux affaires familiales d'évaluer chacune des fautes reprochées.

Fautes admises

Voici une liste non limitative de comportements fautifs pouvant entraîner un divorce pour faute. C'est au juge aux affaires familiales d'évaluer chaque faute reprochée.

Adultère. L'époux ou épouse qui commet un adultère (une liaison cachée, l'installation en concubinage...) ne respecte pas l'obligation de fidélité. Un adultère commis par chaque époux n'est pas fautif si les époux ont mutuellement entendu vivre librement une liaison extraconjugale. Abandon du domicile conjugal. Les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. La résidence de la famille est choisie d'un commun accord. L'époux ou épouse qui abandonne le domicile conjugal sans y être autorisé par le juge ou par l'autre époux commet une faute. Le juge peut aussi examiner la communauté de vie sur le plan affectif : il peut y avoir respect de la communauté de vie même quand les époux vivent séparément pour des raisons professionnelles. Non-participation aux charges du mariage. Un époux qui ne contribue pas financièrement et à la hauteur de ses possibilités aux dépenses courantes du ménage ne respecte pas le devoir de secours et d'assistance. Défaut de soins. Le comportement de l'époux qui s'abstient d'aider matériellement ou moralement son époux face à la maladie ou à la vieillesse est un manquement au devoir de secours et assistance. Comportements violents ou injurieux. Une atteinte à la dignité, à l'intégrité physique ou psychologique d'un époux est un manquement au devoir de respect. Tel est le cas lorsqu'un époux commet des violences ou adopte un comportement injurieux à l'égard de l'autre. Comportement déloyal. D'autres comportements déloyaux (dissimulation de ressources, mensonges graves) peuvent être retenus comme fautifs.

Règle

Même si les témoignages produits n'établissent pas l'adultère de l'époux, les faits peuvent être retenus par le juge comme fautifs s'ils démontrent l'attitude injurieuse d'un des époux.

Vous pouvez saisir le juge aux affaires familiales pour contraindre votre époux à contribuer aux charges du mariage avant même le divorce. Le juge détermine le montant dû par l'époux défaillant.

Comment prouver la faute ?

En matière de divorce, la preuve se rapporte par tout moyen, y compris l'aveu (effectué dans des conclusions par exemple). Tous les modes de preuve du procès civil sont valables.

Échanges écrits. Il peut s'agir de courriers, de SMS, de mails, d'échanges sur les réseaux sociaux, aussi bien entre les époux qu'entre un époux et un tiers. Le juge peut écarter des débats un élément de preuve obtenu par violence ou fraude. Enregistrements vocaux. Les enregistrements vocaux sont des preuves recevables devant le juge (par exemple un enregistrement sur un répondeur). Cependant, le fait d'enregistrer secrètement une conversation dans un lieu privé ou public, à titre privé ou confidentiel, sans le consentement de la personne, constitue une atteinte à la vie privée : une telle preuve serait jugée irrecevable, car obtenue par fraude. L'époux doit faire transcrire l'enregistrement par un commissaire de justice avant de le présenter en justice. Constats de commissaire de justice. Le constat du commissaire de justice est une preuve particulièrement valable : les constatations matérielles font foi jusqu'à preuve du contraire. Un époux peut faire établir un constat, en particulier pour prouver un adultère ou l'abandon du domicile conjugal. Pour un constat d'adultère, l'avocat doit présenter une requête au juge aux affaires familiales, qui peut autoriser ou non l'établissement du constat. L'autorisation judiciaire est nécessaire dès que le constat d'adultère doit être fait en dehors du domicile des époux ; elle n'est pas nécessaire au domicile des époux. Témoignages et attestations. Les témoignages sont recevables, mais certaines personnes sont interdites de témoigner : les enfants (communs ou non) et petits-enfants des époux, les époux et ex-époux des descendants, les concubins et ex-concubins des descendants, les partenaires de Pacs et ex-partenaires de Pacs des descendants. De manière exceptionnelle, un témoignage peut être recueilli par enquête, notamment si la personne ne peut témoigner qu'à l'oral. Certificats médicaux, mains courantes et plaintes. Ces documents peuvent corroborer les faits allégués (violences, état de santé).

Règle

Un époux peut également faire appel à un détective privé pour compléter ses preuves. Le constat du commissaire de justice est la preuve la plus solide en la matière.

La charge de la preuve pèse sur l'époux demandeur au divorce pour faute. Plus les preuves sont solides (constats, écrits datés), plus la demande a de chances d'aboutir.

Comment demander le divorce pour faute ?

Vous ne devez pas demander le divorce pour faute dès le début de la procédure, c'est-à-dire dans l'assignation en divorce. La demande doit être présentée plus tard dans vos conclusions.

La procédure de divorce se déroule devant le juge aux affaires familiales. Pour présenter votre demande en divorce, vous devez prendre un avocat. En cours de procédure, si vous trouvez un accord avec votre époux ou épouse et si vous le souhaitez, vous pouvez demander à changer de type de divorce (on parle de « passerelle »). Vous pouvez passer à un divorce par consentement mutuel, un divorce pour acceptation du principe de la rupture du mariage, ou un divorce pour altération définitive du lien conjugal. Le juge prononce le divorce aux torts exclusifs d'un époux s'il est établi qu'un seul époux a commis une faute. Si les 2 époux ont invoqué des fautes et que chacun est reconnu fautif, le divorce est prononcé aux torts partagés.

Règle

Vous devez régler les honoraires de votre avocat. Si vous êtes l'époux demandeur, vous devez également régler un timbre fiscal de 50 € pour introduire votre demande en justice. Si vos ressources sont insuffisantes, vous pouvez bénéficier de l'aide juridictionnelle. Les frais de la procédure (dépens, frais d'avocat) peuvent être mis à la charge de l'époux fautif.

Si une demande de divorce pour faute et une demande pour altération définitive du lien conjugal sont présentées en même temps, le juge examine d'abord la demande pour faute. En cas de rejet, il statue ensuite sur la demande en divorce pour altération définitive. À la demande des époux, le juge peut prononcer le divorce pour faute sans énoncer les torts des époux dans le jugement.

Conséquences du divorce pour faute

Le prononcé d'un divorce pour faute n'a pas d'effet sur la liquidation et le partage des biens, qui se fait selon les règles du régime matrimonial, ni sur les droits et devoirs des parents à l'égard de leurs enfants. En revanche, il entraîne des conséquences sur la prestation compensatoire et l'attribution de dommages et intérêts.

Absence de prestation compensatoire. Le juge peut refuser d'accorder la prestation compensatoire demandée par un époux ou épouse, même si la rupture du mariage crée des disparités dans les conditions de vie respectives. La faute de l'époux demandeur peut justifier ce refus. Dommages et intérêts. Le divorce pour faute doit être prononcé aux torts exclusifs d'un époux ou épouse. Les circonstances sont appréciées au cas par cas par le juge. L'époux qui obtient un divorce aux torts exclusifs de l'autre peut demander au juge de condamner l'époux fautif à verser des dommages et intérêts. Ces dommages et intérêts sont dus pour réparer les conséquences d'une particulière gravité que l'époux subit en raison de la dissolution du mariage. La demande doit être faite lors de la procédure en divorce : elle ne peut pas être faite après le divorce. L'époux demandeur doit démontrer que le préjudice résulte de la dissolution du mariage et non d'autres circonstances.

Règle

Les époux peuvent demander des dommages et intérêts sur le fondement de la responsabilité civile s'il existe un préjudice différent de celui occasionné par la rupture du mariage. Dans ce cas, l'époux demandeur doit prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité entre la faute et le préjudice.

Le divorce pour faute peut avoir des conséquences sur la réputation des époux (mention des torts dans le jugement), d'où la possibilité de demander au juge de ne pas énoncer les torts. L'assistance d'un avocat est essentielle pour évaluer les conséquences financières (prestation compensatoire, dommages et intérêts, frais de procédure). Par ailleurs, le divorce pour faute n'a pas d'incidence automatique sur la responsabilité parentale : l'autorité parentale, la résidence de l'enfant et le droit de visite sont déterminés indépendamment, dans l'intérêt de l'enfant. Les époux peuvent également convenir d'une médiation familiale pour régler les questions financières et liées aux enfants, même dans le cadre d'un divorce pour faute. Enfin, la mention des torts dans le jugement de divorce est publique : si les époux souhaitent préserver leur vie privée, ils peuvent demander au juge de prononcer le divorce sans énoncer les torts.

Textes applicables

Le divorce pour faute est régi par le code civil et le code de procédure civile.

Le code civil (articles 242 à 246) définit le divorce pour faute et ses conditions. Les articles 212 à 226 posent les devoirs et obligations des époux. Les articles 251 à 253 encadrent la procédure. Les articles 259 à 259-3 prévoient les conséquences (prestation compensatoire, dommages et intérêts). Les articles 247 à 247-2 prévoient les cas de rejet et les voies de recours. L'article 270 encadre la prestation compensatoire et l'article 266 les dommages et intérêts. Le code de procédure civile (articles 1106 et 1116, 1128) fixe les modalités procédurales.

Règle

Code civil : articles 212 à 226 (devoirs et obligations), 242 à 246 (divorce pour faute), 247 à 247-2 (rejet), 251 à 253 (procédure), 259 à 259-3 (conséquences), 266 (dommages et intérêts), 270 (prestation compensatoire). Code de procédure civile : articles 1106, 1116, 1128.

Les textes applicables peuvent évoluer. Vérifier les dernières mises à jour sur Légifrance (legifrance.gouv.fr).

Textes applicables

Sources officielles

  • Service-Public.fr

    Divorce pour faute

    Vérifiée le 2026-10-04

    Ouvrir

Voir aussi

Le divorce pour faute est une procédure contentieuse complexe. Il est fortement recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit de la famille pour évaluer la recevabilité de la demande, rassembler les preuves et préserver ses droits (prestation compensatoire, dommages et intérêts, garde des enfants).

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