Vue d'ensemble
Ce qu'il faut savoir avant de demander la requalification d'un CDD en CDI : les irrégularités qui ouvrent droit à la requalification, la procédure devant le conseil de prud'hommes, le délai de recours et les conséquences sur l'ancienneté et l'indemnisation.
Ce qu'il faut savoir
- Un CDD ne doit pas avoir pour objet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise : un tel contrat est irrégulier et peut être requalifié en CDI.
- Onze situations ouvrent droit à une demande de requalification, parmi lesquelles l'emploi permanent, le défaut d'établissement écrit, le défaut de justification du recours au CDD ou la poursuite des relations après le terme du contrat.
- La demande de requalification se saisit devant le conseil de prud'hommes (CPH), dans le délai de 2 ans à partir de la date de fin du dernier CDD.
- Le contrat de travail doit être transmis au salarié au plus tard dans les 2 jours ouvrables suivant l'embauche, mais le non-respect de ce délai n'entraîne pas, à lui seul, la requalification.
- L'affaire est directement portée devant le bureau de jugement du CPH, qui statue dans un délai d'un mois suivant la saisine.
- La requalification a un effet rétroactif et immédiat : le salarié bénéficie du CDI dès sa date d'embauche.
- L'employeur doit verser une indemnité de requalification au moins égale à 1 mois de salaire, sauf lorsque la requalification résulte de la seule poursuite des relations après le terme d'un CDD régulier.
Conditions essentielles
- Etre salarié sous CDD présentant une irrégularité (motif illicite, vice de forme, dépassement de durée, etc.).
- Agir dans le délai de 2 ans à partir de la date de fin du dernier CDD.
- Saisir le conseil de prud'hommes compétent : lieu de l'entreprise, lieu de conclusion du contrat, siège social ou, pour le salarié à domicile, lieu de son domicile.
- Établir une requête datée et signée, exposant les motifs et les prétentions (requalification en CDI), accompagnée des pièces justificatives sur bordereau.
- Régler un timbre fiscal de 50 € pour introduire la demande, sauf bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Les étapes
- Identifier l'irrégularité du CDD parmi les situations prévues par le code du travail.
- Rassembler les pièces justificatives (contrat, bulletins de paie, correspondances, attestation Pôle emploi, etc.).
- Rédiger la requête sur papier libre ou remplir le formulaire de requête en ligne, avec coordonnées du salarié, coordonnées de l'employeur, objet et exposé sommaire des motifs.
- Établir le bordereau de communication des pièces et préparer la requête en autant d'exemplaires que de défendeurs, plus un pour le greffe.
- Adresser ou déposer la requête au greffe du conseil de prud'hommes compétent.
- Attendre l'audience devant le bureau de jugement, qui se tient dans un délai d'un mois suivant la saisine.
- En cas de requalification prononcée, vérifier l'application rétroactive du CDI et le versement de l'indemnité de requalification.
Cette synthèse reprend les règles essentielles de la requalification. Les détails — liste complète des motifs, modalités de la requête, délai de recours et conséquences financières — sont traités dans les sections suivantes.
Cette synthèse ne remplace pas la fiche
Pour la liste complète des situations ouvrant droit à la requalification, voir la section « Quels sont les motifs de requalification d'un CDD en CDI ? ». Pour le montant de l'indemnité et ses conditions d'attribution, voir « Quelles sont les conséquences d'une requalification d'un CDD en CDI ? ».
Quels sont les motifs de requalification d'un CDD en CDI ?
Le CDD est un contrat d'exception : il ne peut être conclu que dans les cas prévus par la loi et à condition de répondre à des exigences de forme et de fond. Toute irrégularité peut fonder une demande de requalification en CDI.
Un contrat à durée déterminée (CDD) ne doit pas avoir pour objet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise. Un CDD qui ne respecte pas cette condition est irrégulier et peut être requalifié en CDI.
La requalification est la transformation, par décision du conseil de prud'hommes, d'un contrat à durée déterminée irrégulier en contrat à durée indéterminée. Elle sanctionne l'employeur qui a recours au CDD comme s'il s'agissait d'un CDI — c'est-à-dire pour pourvoir un emploi durable de l'entreprise — en lui faisant perdre l'avantage contractuel que lui procurait le caractère temporaire du contrat. Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes et demander la requalification de son CDD en CDI s'il se trouve dans l'une des situations suivantes.
Règle
Les onze situations ouvrant droit à la requalification sont les suivantes. Le CDD concerne un emploi permanent et non pas une tâche précise et temporaire. Le CDD vise à remplacer une personne suspendue à la suite d'un conflit collectif de travail. Le CDD concerne des travaux particulièrement dangereux. Le CDD ne prévoit pas de terme ou de durée minimale dans le cas où il vise à remplacer un salarié absent temporairement. La durée totale du CDD dépasse les durées légales. Le CDD n'est pas établi par écrit. Le CDD ne précise pas la justification du recours à un contrat de travail d'une durée déterminée. Le CDD ne précise pas les éléments nécessaires à l'établissement du contrat de travail (nom et prénom du salarié, convention collective applicable, rémunération). La relation contractuelle se poursuit après la date de fin prévue dans le CDD. Les conditions de renouvellement ne sont pas respectées ou le CDD a été renouvelé plus de 2 fois. Enfin, le délai de carence, s'il est applicable, n'est pas respecté.
Le contrat de travail est transmis au salarié au plus tard dans les 2 jours ouvrables suivant l'embauche. Toutefois, le non-respect de ce délai de transmission n'entraîne pas, à lui seul, la requalification du CDD en CDI : ce manquement de forme n'est pas une cause autonome de requalification. Il peut être invoqué comme élément complémentaire d'un dossier fondé sur un autre motif. De même, le seul fait que le CDD ait été renouvelé plus de 2 fois, ou que le délai de carence n'ait pas été respecté, doit s'inscrire dans l'appréciation d'ensemble que porte le conseil de prud'hommes sur la régularité du contrat.
Quelles démarches effectuer pour déposer une demande de requalification ?
La demande de requalification se forme par une requête écrite adressée au greffe du conseil de prud'hommes (CPH) compétent. Le salarié peut agir seul, sans avocat, et bénéficier le cas échéant de l'aide juridictionnelle ou de l'assistance d'un défenseur syndical à titre gratuit.
Le salarié doit s'adresser au conseil de prud'hommes du lieu où est située l'entreprise dans laquelle il exerce son activité, ou du lieu où le contrat de travail a été conclu, ou du siège social de l'entreprise. Si le salarié travaille à domicile ou en dehors de l'entreprise, il peut saisir le CPH du lieu de son domicile.
Pour effectuer sa demande, le salarié peut présenter une requête sur papier libre ou remplir le formulaire de requête disponible en ligne. La requête peut être adressée au greffe du CPH par courrier (recommandé ou non) ou déposée directement au greffe. La demande doit être datée et signée et comporter plusieurs éléments obligatoires : les coordonnées du salarié (nom, prénom, adresse), les coordonnées du défendeur (l'employeur contre qui la demande est réalisée), l'objet de la demande, enfin l'exposé sommaire des motifs, qui doit mentionner l'ensemble des prétentions du salarié, à savoir la requalification du CDD en CDI.
Règle
La demande doit être accompagnée des pièces que le salarié souhaite invoquer à l'appui de ses prétentions. Ces pièces sont énumérées sur un bordereau de communication de pièces annexé à la requête. Le salarié doit déposer ou envoyer la requête et le bordereau au greffe en autant d'exemplaires que de défendeurs, un exemplaire supplémentaire pour le greffe devant être joint. Le salarié doit régler un timbre fiscal de 50 € pour introduire sa demande en justice, sauf s'il est bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.
- Seul : le salarié peut se présenter seul à l'audience du CPH, sans représentant ni conseil.
- Assistance ou représentation par un salarié : le salarié peut se faire assister ou représenter par un salarié appartenant à la même branche d'activité, son époux ou épouse, partenaire de pacte civil de solidarité ou concubin ou concubine.
- Avocat : le salarié peut recourir à un avocat pour se faire assister ou représenter. Toutefois, la présence d'un avocat n'est pas obligatoire. Si le salarié choisit un avocat, il peut demander à bénéficier de l'aide juridictionnelle, sous réserve que l'avocat l'accepte.
- Défenseur syndical : un défenseur syndical peut également représenter ou assister le salarié à titre gratuit.
Le représentant, s'il n'est pas avocat, doit justifier d'un écrit qui l'autorise à agir au nom et au compte du salarié. Lorsque le CPH est saisi d'une demande de requalification d'un CDD en CDI, l'affaire est directement portée devant le bureau de jugement, qui statue dans un délai d'1 mois suivant la date de la saisine.
Quel est le délai de recours pour une demande de requalification ?
Le droit du salarié de demander la requalification d'un CDD en CDI n'est pas illimité dans le temps : un délai de prescription encadre strictement l'action devant le conseil de prud'hommes. Ce délai protège la sécurité juridique des relations de travail tout en laissant au salarié un délai suffisant pour réagir.
Le délai de recours auprès du conseil de prud'hommes pour une demande de requalification d'un CDD en CDI est de 2 ans à partir de la date de fin du dernier CDD.
Ce délai de 2 ans constitue un délai de prescription : passé ce terme, l'action du salarié devant le conseil de prud'hommes devient irrecevable. Le point de départ est fixé à la date de fin du dernier contrat à durée déterminée. Toutefois, le délai est calculé à partir du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son droit : lorsque l'irrégularité du CDD n'est pas apparente — par exemple en cas de poursuite des relations contractuelles au-delà du terme —, le point de départ peut être retardé jusqu'à la révélation des faits.
Règle
Le salarié qui envisage une demande de requalification ne doit donc pas tarder : le dépôt de la requête au greffe doit intervenir dans le délai de 2 ans, sous réserve que le point de départ calculé à partir de la connaissance des faits ne soit pas postérieur à la date de fin du contrat.
En cas de doute sur le point de départ du délai — notamment lorsque le CDD s'est poursuivi de fait au-delà de son terme —, il est recommandé de consulter un conseiller du salarié, un défenseur syndical ou un avocat pour vérifier que l'action est encore recevable. Information à vérifier auprès de l'organisme compétent en cas de situation particulière.
Quelles sont les conséquences d'une requalification d'un CDD en CDI ?
La requalification produit des effets puissants : rétroactivité du CDI dès l'embauche, computation de l'ancienneté sur toute la durée du CDD, indemnité due par l'employeur et, le cas échéant, indemnité de licenciement et dommages et intérêts.
Lorsqu'un CDD est requalifié en CDI, la requalification a un effet rétroactif et immédiat. Le CDD est annulé et le salarié bénéficie du CDI dès sa date d'embauche.
L'effet rétroactif signifie que le CDI n'est pas contemporain de la décision du conseil de prud'hommes : il est censé avoir existé depuis l'origine, dès la date d'embauche initiale. Cette rétroactivité a des conséquences directes sur l'ancienneté du salarié, qui est calculée sur l'ensemble de la période couverte par le CDD, et permet au salarié de bénéficier d'une indemnité de requalification. Lorsque le CPH décide de la requalification, l'employeur doit verser au salarié une indemnité de requalification supérieure ou égale à 1 mois de salaire. Le mois de salaire correspond au dernier salaire perçu par le salarié pendant le CDD, ou à la moyenne des salaires perçus mensuellement dans le cadre du CDD, avant la demande de requalification.
Règle
Le salarié dont le CDD a été requalifié en CDI peut réintégrer l'entreprise s'il le souhaite. S'il ne réintègre pas l'entreprise, il peut bénéficier d'une indemnité de licenciement pour motif personnel et de dommages et intérêts pour rupture abusive du contrat de travail, à la charge de l'employeur.
L'indemnité de requalification n'est due que dans le cas où le CDD a été jugé irrégulier. Si un CDD régulier a été transformé en CDI parce que les relations de travail entre l'employeur et le salarié ont continué après la date de fin prévue, la requalification est automatique mais sans indemnité : dans ce cas de figure, la loi opère la transformation du contrat sans sanction financière supplémentaire pour l'employeur, dès lors que le contrat initial était valablement conclu.
Textes applicables
- Code du travail : articles L1242-1 à L1242-4Légifrance
- Code du travail : articles L1242-5 et L1242-6Légifrance
- Code du travail : articles L1242-7 à L1242-9Légifrance
- Code du travail : articles L1242-12 à L1242-13Légifrance
- Code du travail : article L1243-11Légifrance
- Code du travail : article L1243-13Légifrance
- Code du travail : articles L1244-3 à L1244-4-1Légifrance
- Code du travail : articles L1245-1 à L1245-2Légifrance
- Code du travail : articles L1411-1 à L1411-6Légifrance
- Code du travail : articles R1452-1 à R1452-6Légifrance
- Circulaire du 27 mai 2016 relative à la procédure prud'homale et au traitement judiciaire du contentieux du travailLégifrance
Sources officielles
- OuvrirService-Public.fr
Dans quels cas un CDD est-il requalifié en CDI ?
Vérifiée le 2026-10-04
Voir aussi
- Requête en ligne pour saisir le conseil de prud'hommes
- Code du travail — article L1243-11 : requalification (Légifrance)
- Code du travail — article L1243-13 : indemnité de requalification (Légifrance)
- Code du travail — articles L1242-1 à L1242-4 : recours au CDD (Légifrance)
Les règles de requalification du CDD en CDI sont fixées par le code du travail (articles L1243-11 et suivants) et précisées par la circulaire du 27 mai 2016 relative à la procédure prud'homale. Le délai de recours de 2 ans et l'indemnité minimale de 1 mois de salaire figurent dans la loi. Vérifier les dernières évolutions auprès de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS), d'un conseiller du salarié ou d'un avocat.
