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Recours des personnes expropriées

Une personne expropriée dispose de plusieurs voies de recours pour contester les différentes étapes de la procédure : la déclaration d'utilité publique, l'arrêté de cessibilité et l'ordonnance d'expropriation. Chaque recours répond à des règles, des délais et des conditions propres. Un recours spécifique existe également contre le jugement fixant le montant des indemnités.

Vue d'ensemble

Ce qu'il faut retenir sur les recours des personnes expropriées : les trois étapes contestables de la procédure, les juridictions compétentes et les délais applicables.

Ce qu'il faut savoir

  • La procédure d'expropriation comporte trois étapes contestables : la déclaration d'utilité publique (DUP), l'arrêté de cessibilité et l'ordonnance d'expropriation.
  • Les recours contre la DUP et l'arrêté de cessibilité sont des recours pour excès de pouvoir (REP) devant le juge administratif ; le recours contre l'ordonnance d'expropriation est un pourvoi en cassation devant la cour de cassation.
  • Le délai pour contester la DUP ou l'arrêté de cessibilité est de 2 mois ; pour l'ordonnance d'expropriation, de 2 mois francs à compter de la notification.
  • Le droit au délaissement permet au propriétaire de demander à l'expropriant d'acheter son terrain après 1 an sans suite de la DUP.
  • Le recours contre l'ordonnance d'expropriation exige l'assistance d'un avocat aux conseils.
  • Le recours contre le jugement fixant les indemnités se fait par appel devant la cour d'appel dans un délai de 1 mois à compter de la notification.

Conditions essentielles

  • Disposer d'un intérêt personnel, direct et certain à contester l'acte administratif (propriétaire, locataire, ayant droit, occupant titulaire d'un droit réel, copropriétaire, indivisaire).
  • Respecter le délai de recours propre à chaque acte : 2 mois (DUP, arrêté de cessibilité), 2 mois francs (ordonnance), 1 mois (indemnités).
  • Former le recours devant la juridiction compétente : Conseil d'État (DUP par décret), tribunal administratif (DUP par arrêté, arrêté de cessibilité), cour de cassation (ordonnance), cour d'appel (indemnités).
  • Pour l'ordonnance d'expropriation : se faire assister d'un avocat aux conseils.

Les étapes

  • Identifier l'acte contesté — DUP, arrêté de cessibilité, ordonnance ou jugement sur les indemnités — et vérifier sa notification ou sa publication.
  • Constater l'existence d'un intérêt à agir et d'un motif de contestation — illégalité externe ou interne, vice de forme, de procédure ou de fond.
  • Saisir la juridiction compétente dans le délai applicable, en respectant les formes — REP, pourvoi en cassation ou appel.
  • Obtenir une décision : annulation de l'acte (REP), cassation de l'ordonnance, ou nouvelle évaluation des indemnités (appel).
  • Le cas échéant, exercer le droit au délaissement si la DUP est publiée depuis plus d'un an sans suite donnée au projet.

L'expropriation n'est légitime que si elle répond à une utilité publique et si la procédure a été strictement respectée. Les recours permettent de sanctionner les irrégularités, mais ils ne suspendent pas automatiquement la procédure sauf décision du juge.

Cette synthèse ne remplace pas la fiche

Pour le détail des recours contre chaque acte, voir les sections « Recours contre la déclaration d'utilité publique », « Recours contre l'arrêté de cessibilité » et « Recours contre l'ordonnance d'expropriation ». Pour le droit au délaissement, voir la section dédiée.

Recours contre la déclaration d'utilité publique

La déclaration d'utilité publique (DUP) peut être contestée devant le juge administratif par un recours pour excès de pouvoir, dans un délai de 2 mois suivant sa publication. Elle peut également faire l'objet d'un recours indirect via le droit au délaissement.

La déclaration d'utilité publique (DUP) peut être contestée devant le juge administratif au moyen d'un recours pour excès de pouvoir (REP). Cette procédure permet d'obtenir l'annulation d'un acte administratif jugé illégal.

Juge compétent. Si la DUP est prise par décret, le Conseil d'État est compétent pour juger directement le recours. Si la DUP est prise par arrêté, le tribunal administratif du lieu de situation du bien concerné par la mesure d'expropriation est compétent. Les décisions des tribunaux administratifs peuvent faire l'objet d'un appel devant les cours administratives d'appel ; les arrêts de ces cours peuvent ensuite être contestés par un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État. Qui peut contester. Toute personne qui a un intérêt personnel, direct et certain à contester la DUP peut agir en justice. En pratique, il s'agit principalement des propriétaires dont les biens sont menacés d'expropriation, des locataires et des ayants droit sur les biens concernés. Un contribuable peut également agir contre une DUP lorsque le projet — communal, départemental ou régional — entraînera une augmentation des dépenses de la collectivité et, par conséquent, du niveau d'imposition.

Règle

Motifs de contestation. La DUP, en tant qu'acte administratif, doit respecter des règles de compétence, de forme et de fond. Les motifs se répartissent en deux catégories. Les illégalités externes sont liées au défaut de compétence de l'auteur de l'acte et à l'irrespect des règles de forme et de procédure : la DUP peut être annulée, par exemple, si elle n'a pas été prise par l'autorité compétente prévue par la loi, si le dossier d'enquête est incomplet ou une mention obligatoire a été oubliée (vice de forme), ou si l'enquête publique a été mise en œuvre de façon irrégulière en raison de l'absence d'une consultation obligatoire (vice de procédure). Les illégalités internes concernent le but et les motifs de la DUP : elle peut être annulée si elle sert un intérêt privé au lieu d'un intérêt général (détournement de pouvoir), si elle viole des règles ou des documents supérieurs — par exemple le PLU —, ou si l'opération n'a pas d'utilité publique ou si son utilité est jugée insuffisante.

Délai. Le recours doit être formé dans les 2 mois suivant la publication de la DUP. Le point de départ dépend de l'autorité qui a pris la décision : si la DUP est prise par décret, le délai commence à courir à partir de la publication au Journal officiel ; si elle est prise par arrêté, à partir de l'affichage en mairie de l'acte. Effets de l'annulation. Si la DUP est annulée avant que le juge de l'expropriation ait rendu son ordonnance, celui-ci ne peut pas prononcer le transfert de propriété ; le bénéficiaire de l'expropriation ne peut pas prendre possession du bien.

Le droit au délaissement

Le droit au délaissement permet au propriétaire dont le bien se trouve dans le périmètre d'une DUP de demander à l'expropriant d'acheter son terrain, après un an sans suite de la procédure.

Le droit au délaissement permet au propriétaire dont le bien se trouve dans le périmètre d'une déclaration d'utilité publique de demander à l'expropriant d'acheter son terrain. L'exercice de ce droit s'analyse comme un recours indirect ouvert au propriétaire contre les effets de la DUP.

Ce mécanisme offre au propriétaire, après l'écoulement d'un délai d'1 an à partir de la publication de la DUP, un moyen de mettre en demeure l'expropriant d'acquérir le bien. Le propriétaire obtient ainsi une réponse claire sur le devenir de son bien et n'est plus maintenu dans une situation d'incertitude liée au projet d'expropriation. La DUP autorise l'administration à engager une procédure d'expropriation, mais elle ne l'y oblige pas : l'expropriant peut décider d'y renoncer, et le délaissement force la prise de position.

Règle

Pour exercer son droit au délaissement, le propriétaire doit adresser une mise en demeure à l'expropriant, par lettre recommandée avec accusé de réception. Une copie doit être transmise au préfet pour information. À compter de la réception de ce courrier, l'expropriant dispose d'un délai de 2 ans pour se prononcer. Ce délai peut être prolongé d'un an.

L'expropriant dispose alors de trois options : acquérir le bien à l'amiable, en négociant directement avec le propriétaire ; poursuivre la procédure d'expropriation, en respectant le cadre fixé par la DUP ; ou abandonner la procédure d'expropriation. Chaque issue engage l'avenir du bien : le propriétaire doit peser les conséquences de sa mise en demeure avant de l'envoyer.

Recours contre l'arrêté de cessibilité

L'arrêté de cessibilité, qui désigne les biens cédés, peut être contesté par un recours pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif, dans un délai de 2 mois à compter de sa notification.

L'arrêté de cessibilité peut être contesté au moyen d'un recours pour excès de pouvoir (REP). En principe, c'est le tribunal administratif du lieu où se situe le bien concerné par l'expropriation qui est compétent. Toutefois, si le propriétaire s'appuie sur l'illégalité d'une DUP prise par décret pour contester l'arrêté de cessibilité, c'est le Conseil d'État qui examine le recours.

L'arrêté de cessibilité peut être contesté par toute personne directement concernée par la procédure d'expropriation. Il s'agit principalement des propriétaires des biens inscrits dans l'arrêté, qu'ils soient personnes physiques ou morales, et des locataires ou occupants titulaires d'un droit sur le bien — par exemple un usufruitier.

Règle

L'arrêté de cessibilité peut être annulé pour vices de forme — arrêté mal motivé, incomplet ou établi par une personne qui n'avait pas la compétence requise —, pour vices de procédure — par exemple si l'enquête parcellaire n'a pas été menée correctement, si les propriétaires n'ont pas été informés, ou si certaines étapes obligatoires n'ont pas été respectées —, ou pour vice de fond — lorsque l'arrêté dépasse ce que la DUP a autorisé, par exemple s'il vise des parcelles qui ne sont pas nécessaires au projet tel qu'il a été validé dans la DUP.

Délai. Les propriétaires doivent saisir le juge dans un délai de 2 mois à partir de la notification qui leur a été faite de l'arrêté de cessibilité. Effets de l'annulation. Si l'arrêté est annulé, le juge ne peut pas prononcer l'ordonnance d'expropriation : il n'y a donc pas de transfert de propriété, ni de prise de possession du bien. La procédure est arrêtée tant qu'une décision conforme n'a pas été adoptée. L'arrêté de cessibilité dépend directement de la DUP : il est possible de demander l'annulation de l'arrêté en soutenant que la DUP elle-même est illégale, même si cette DUP est ancienne ou déjà devenue définitive.

Recours contre l'ordonnance d'expropriation

L'ordonnance d'expropriation, acte par lequel le juge transfère la propriété du bien à l'expropriant, peut être contestée par un pourvoi en cassation devant la cour de cassation, dans un délai de 2 mois francs à compter de sa notification.

L'ordonnance d'expropriation est l'acte par lequel le juge de l'expropriation transfère la propriété d'un bien immobilier ou d'un droit réel à une autorité publique expropriante. La contestation de cette décision se fait au moyen d'un pourvoi en cassation. Ce recours doit se fonder sur l'incompétence, l'excès de pouvoir ou le vice de forme.

Procédure. La cour de cassation doit être saisie dans le délai de 2 mois francs à compter de la notification de l'ordonnance. La notification doit être faite par signification d'un commissaire de justice (anciennement huissier de justice et commissaire priseur). Le pourvoi se présente sous la forme d'une déclaration écrite adressée au greffe de la cour de cassation. Un avocat aux conseils est obligatoire pour cette procédure. Qui peut agir. Toute personne concernée par l'ordonnance rendue peut engager un recours : les propriétaires mentionnés dans l'ordonnance ; les personnes qui auraient dû être désignées comme véritables propriétaires et qui se sont fait connaître à temps auprès de l'administration ; les copropriétaires titulaires de droits réels sur les parties communes expropriées dans un immeuble en copropriété ; les indivisaires d'un bien exproprié ; les titulaires d'un droit réel lorsque l'expropriation porte uniquement sur ce droit ; et l'expropriant s'il estime que la décision ne lui donne pas satisfaction — par exemple lorsque le juge a refusé l'expropriation.

Règle

Motifs. L'ordonnance peut uniquement être attaquée pour incompétence — décision rendue par une juridiction qui n'avait pas le pouvoir légal de le faire, par exemple un juge ordinaire au lieu du juge de l'expropriation ou un juge non territorialement compétent —, pour vice de forme — absence de notification à tous les propriétaires intéressés du dépôt du dossier d'enquête parcellaire, notification à une adresse différente de celle figurant dans l'état parcellaire annexé, notification tardive ayant empêché l'exproprié de faire valoir ses observations —, ou pour excès de pouvoir — ignorance d'un copropriétaire tout au long de la procédure, absence de mention de l'identité des copropriétaires de la parcelle expropriée, prononcé du transfert de propriété alors que la DUP ou l'arrêté de cessibilité sont caducs.

Effets de la cassation. La cassation de l'ordonnance entraîne sa nullité et, en principe, la restitution des biens à leurs anciens propriétaires. Deux exceptions s'opposent à la restitution : s'il existe déjà un ouvrage public sur le bien exproprié ; ou si le bien a déjà été revendu — l'ancien propriétaire ne peut alors pas le récupérer, mais peut obtenir une indemnité auprès de l'expropriant. Attention : l'annulation de l'ordonnance ne bénéficie qu'au propriétaire qui a formé le pourvoi ; les autres personnes concernées, si elles n'ont pas intenté de recours, ne peuvent pas en profiter.

Recours contre le jugement fixant les indemnités

En cas de désaccord sur le montant de l'indemnisation, le juge de l'expropriation fixe le montant de l'indemnité. Ce jugement peut être contesté par appel devant la cour d'appel, dans un délai d'un mois.

En cas de désaccord sur l'indemnisation à laquelle les personnes expropriées ont droit, c'est le juge de l'expropriation qui fixe le montant de l'indemnité. Les personnes concernées par cette décision — l'exproprié, l'expropriant ou le commissaire du gouvernement — ont la possibilité de la contester devant la cour d'appel.

Ce recours permet de demander une nouvelle évaluation des indemnités lorsque la décision de première instance ne paraît pas satisfaisante ou proportionnée. L'indemnité doit indemniser le propriétaire de la perte de son bien, notamment sa valeur vénale et, le cas échéant, le préjudice de commercialité.

Règle

L'appel doit être formé dans un délai d'1 mois à compter de la notification du jugement par voie de signification. La déclaration d'appel peut être déposée directement au greffe ou envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception.

Le recours sur les indemnités est distinct des recours sur la légalité de la procédure : il porte uniquement sur le montant de l'indemnisation, pas sur la pertinence du projet ni sur la régularité des actes. Le propriétaire qui estime que son bien a été sous-évalué doit donc former un appel dans le délai d'un mois, sous peine de voir la décision de première instance devenir définitive.

Qui peut aider ?

Les personnes expropriées peuvent être accompagnées par l'Agence nationale pour l'information au logement (ANIL), les Agences départementales pour l'information sur le logement (Adil) et par un avocat spécialisé en droit de l'expropriation.

L'Agence nationale pour l'information au logement (ANIL) et les Adil offrent une information gratuite et neutre sur les procédures d'expropriation, les recours possibles et les droits du propriétaire.

Les Adil départementales accompagnent les propriétaires confrontés à une procédure d'expropriation : compréhension des actes — DUP, arrêté de cessibilité, ordonnance —, délais de recours et modalités d'indemnisation. L'ANIL, au niveau national, coordonne le réseau des Adil et fournit une documentation générale.

Règle

Pour tout recours contentieux — REP, pourvoi en cassation, appel —, le recours à un avocat est recommandé, voire obligatoire pour le pourvoi en cassation devant la cour de cassation, où l'assistance d'un avocat aux conseils est requise.

Les délais de recours sont courts — 2 mois pour la DUP et l'arrêté de cessibilité, 2 mois francs pour l'ordonnance, 1 mois pour les indemnités — et leur non-respect prive le propriétaire de tout recours. Il est donc crucial de consulter un conseil dès la réception du premier acte de la procédure.

Textes applicables

Sources officielles

  • Service-Public.fr

    Recours des personnes expropriées

    Vérifiée le 2026-10-04

    Ouvrir

Voir aussi

Les recours des personnes expropriées sont régis par le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique et le code de la justice administrative. Les délais sont stricts et courts : dès la réception du premier acte — notification ou publication — consulter un avocat ou une Adil est vivement recommandé pour ne pas perdre le droit de recourir.

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