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Exécution d'un jugement civil étranger (divorce, dette...) en France

L'exéquatur ou l'opposabilité doivent être demandées pour faire exécuter une décision étrangère en France. La procédure diffère selon qu'il s'agit d'une décision en matière familiale (divorce, garde, visite) ou patrimoniale (dette, pension alimentaire), et selon que la juridiction étrangère a été saisie avant ou après le 1er août 2022.

Vue d'ensemble

Faire exécuter en France un jugement rendu à l'étranger suppose une procédure préalable, dont la forme dépend de la nature de la décision, de la date de saisine de la juridiction étrangère et du pays d'origine.

Ce qu'il faut savoir

  • Une décision rendue à l'étranger ne peut être appliquée en France que si elle a été notifiée et, le cas échéant, accompagnée d'une déclaration de force exécutoire ou d'un titre exécutoire européen.
  • L'exequatur est la procédure par laquelle le juge français donne force exécutoire à une décision étrangère, sans en modifier le contenu.
  • Le juge français accorde l'exéquatur si 3 conditions sont réunies : autorité judiciaire étrangère compétente, respect de l'ordre public international, absence d'intention frauduleuse.
  • Pour les décisions en matière de divorce, de droit de garde ou de droit de visite saisies avant le 1er août 2022, une requête au président du tribunal judiciaire est nécessaire (avocat non obligatoire).
  • Pour les décisions saisies après le 1er août 2022, l'exécution est directe en France, sans démarche préalable (avocat obligatoire pour constater ou s'opposer).
  • Pour les créances incontestées (dette, facture), le titre exécutoire européen permet une exécution rapide via un commissaire de justice.
  • Pour les autres décisions civiles et commerciales, une déclaration constatant la force exécutoire est délivrée par le directeur de greffe du tribunal judiciaire (avocat non obligatoire).

Conditions essentielles

  • Avoir une décision étrangère notifiée (condition absolue d'application en France).
  • Pour l'exéquatur : réunir les 3 conditions (autorité compétente, ordre public international respecté, absence de fraude).
  • Fournir une expédition de la décision étrangère, le certificat de titre européen exécutoire (le cas échéant) et une traduction en français par un traducteur agréé (frais à la charge du demandeur).

Les étapes

  • Identifier la nature de la décision : familiale (divorce, garde, visite) ou patrimoniale (dette, pension alimentaire).
  • Vérifier la date de saisine de la juridiction étrangère : avant ou après le 1er août 2022 (règles différentes pour les décisions familiales).
  • Choisir la procédure adaptée : exéquatur (assignation ou requête conjointe avec avocat), requête au président du tribunal judiciaire (décisions familiales avant 2022), titre exécutoire européen (créances incontestées) ou déclaration de force exécutoire (autres décisions civiles et commerciales).
  • Rassembler les pièces : expédition de la décision, certificat de titre européen exécutoire, traduction en français par un traducteur agréé.
  • Saisir l'autorité compétente : tribunal judiciaire (exéquatur ou requête), directeur de greffe (déclaration) ou commissaire de justice (titre exécutoire européen).
  • Attendre la décision constatant la force exécutoire ou l'exequatur.
  • Signifier la décision à la partie contre laquelle l'exécution est demandée.
  • Le cas échéant, engager une procédure d'exécution forcée via un commissaire de justice si la décision n'est pas exécutée volontairement.

Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les détails — conditions de l'exéquatur, procédures selon la nature de la décision, voies de recours — sont traités dans les sections suivantes.

Cette synthèse ne remplace pas la fiche

Pour les conditions de l'exéquatur, voir la section « Qu'est-ce qu'une exequatur ? ». Pour les décisions en matière de divorce, garde ou visite, voir « Divorce, droit de garde, droit de visite ». Pour les créances et pensions alimentaires, voir « Pension alimentaire, dette et autres décisions sur les biens ».

Qu'est-ce qu'une exequatur ?

L'exequatur est une procédure qui permet de demander au juge français de donner force exécutoire à une décision étrangère. Elle ne modifie pas le contenu de la décision rendue à l'étranger : le juge vérifie seulement qu'elle peut s'appliquer en France.

Le juge français accorde l'exequatur uniquement si les 3 conditions suivantes sont réunies : le jugement étranger a été rendu par une autorité judiciaire étrangère compétente ; le jugement n'est pas contraire à l'ordre public international ; le demandeur n'a pas saisi le juge étranger dans l'intention frauduleuse d'obtenir une décision contraire à la loi française.

La demande d'exéquatur s'introduit par assignation ou par requête conjointe devant le tribunal judiciaire. Le tribunal compétent est le tribunal judiciaire du lieu où demeure le défendeur, si son domicile est connu du demandeur. Sinon, le tribunal compétent est celui du lieu où demeure le demandeur, ou le tribunal de son choix si le défendeur demeure à l'étranger. Si le défendeur n'a pas de domicile ni résidence connus, le demandeur peut saisir le tribunal du lieu où il demeure. Le tribunal compétent peut aussi être celui de la situation de l'immeuble (par exemple dans une succession si l'immeuble est situé en France).

Règle

L'avocat est obligatoire pour saisir le tribunal judiciaire d'une demande d'exéquatur. En cas d'appel de la décision d'exéquatur, l'assistance d'un avocat est également obligatoire devant la cour d'appel. La décision d'exéquatur rendue par le tribunal judiciaire peut faire l'objet d'un appel.

Les jugements rendus à l'étranger ne peuvent être appliqués en France que s'ils ont été notifiés. Si la décision n'est pas exécutée volontairement par celui qui est condamné à payer, elle peut faire l'objet d'une procédure d'exécution forcée par un commissaire de justice (saisie, par exemple).

Divorce, droit de garde, droit de visite

Les décisions en matière de divorce, de droit de garde ou de droit de visite obéissent à des règles différentes selon que la juridiction étrangère a été saisie avant ou après le 1er août 2022.

Juridiction étrangère saisie avant le 1er août 2022 : pour forcer l'autre partie à respecter une décision étrangère (faire respecter le droit de visite et d'hébergement d'un parent, forcer le retour d'un enfant...), vous devez saisir le président du tribunal judiciaire d'une requête aux fins de constatation de la force exécutoire. Le tribunal judiciaire compétent est celui où demeure le demandeur, ou celui où se trouve le lieu de résidence habituelle de l'enfant, ou celui où doit s'exercer le droit de visite fixé par la décision. L'avocat n'est pas obligatoire dans ce cas.

La requête doit être adressée en double exemplaire au président du tribunal judiciaire. Elle doit être accompagnée notamment d'une expédition de la décision étrangère et du certificat de titre européen exécutoire, délivré par la juridiction ou l'autorité étrangère ayant rendu la décision. Une traduction en français de la décision et du certificat peut être exigée ; elle est faite par un traducteur agréé, et les frais de traduction doivent être payés par le demandeur. Le président du tribunal rend une décision qui constate la force exécutoire. Cette décision vous est d'abord remise ou notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Vous devez ensuite la signifier à la partie contre laquelle l'exécution est demandée.

Règle

Juridiction étrangère saisie après le 1er août 2022 : la décision rendue à l'étranger s'exécute directement en France sans démarche préalable. Par exemple, une décision allemande qui accorde au père résidant en France un droit de visite sur son enfant s'exécute sans formalité. Vous pouvez toutefois saisir le président du tribunal judiciaire pour faire constater que la décision étrangère peut s'exécuter en France, ou vous opposer à cette exécution. Dans ce cas, l'avocat est obligatoire. Vous pouvez aussi saisir d'une action préventive le tribunal judiciaire du domicile du demandeur ou du défendeur pour éviter des contestations futures.

Les formalités dépendent donc de la date à laquelle la juridiction étrangère est saisie. Cette distinction est essentielle : elle détermine à la fois la nécessité d'une démarche préalable et l'obligation ou non de recourir à un avocat. Pour plus d'informations sur la reconnaissance d'un divorce prononcé à l'étranger, consultez la page du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.

Pension alimentaire, dette et autres décisions sur les biens

Pour faire exécuter en France une décision concernant les biens (pension alimentaire, dette...), deux procédures sont possibles : le titre exécutoire européen (créances incontestées) ou la déclaration constatant la force exécutoire (autres cas).

Le titre exécutoire européen permet d'obtenir une exécution rapide et effective d'une créance transfrontalière, c'est-à-dire entre un créancier européen et un débiteur qui réside en France. Il permet la libre circulation de la décision étrangère en France. La créance ne doit plus faire l'objet d'un recours dans le pays d'origine. Vous pouvez obtenir ce titre exécutoire européen auprès de l'autorité judiciaire étrangère (tribunal, notaire...). Vous devez par la suite l'envoyer au commissaire de justice chargé de l'exécution de cette décision en France. Le commissaire de justice compétent est celui du domicile du débiteur ou celui où se situe le bien.

La déclaration constatant la force exécutoire est une procédure simplifiée qui se déroule devant le directeur de greffe du tribunal judiciaire. Elle consiste à lui demander de constater le caractère exécutoire d'une décision rendue en Europe. Elle peut être utilisée en matière civile et commerciale (créance, contrat, dommages et intérêts...). Le tribunal judiciaire compétent est celui du domicile de la partie condamnée. La requête est déposée en double exemplaire, accompagnée d'une expédition de la décision rendue à l'étranger et du certificat de titre européen exécutoire. Une traduction en français de la décision et du certificat peut être exigée, faite par un traducteur agréé, les frais étant payés par avance par le demandeur.

Règle

Si la décision étrangère concerne des difficultés d'exécution en matière alimentaire (pension alimentaire), vous devez saisir directement le président du tribunal judiciaire de votre requête, et non le directeur de greffe. Si le certificat de titre européen exécutoire n'est pas produit, le directeur de greffe peut accorder un délai pour que le requérant puisse le lui fournir ; il peut aussi accepter un document équivalent ou en dispenser le demandeur. Le directeur de greffe délivre une déclaration qui constate la force exécutoire. Cette déclaration est remise directement au demandeur ou notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Elle doit ensuite être signifiée à la partie contre laquelle l'exécution est demandée.

Le titre exécutoire européen concerne les créances incontestées (le règlement d'une facture, par exemple). Dans les autres cas, vous devez saisir le directeur de greffe du tribunal judiciaire d'une requête aux fins de constatation de la force exécutoire. Le recours à un avocat n'est pas obligatoire pour cette procédure simplifiée. Si vos ressources ne sont pas suffisantes, vous pouvez demander à bénéficier de l'aide juridictionnelle pour prendre en charge tout ou partie des frais d'avocat et de commissaire de justice.

Les voies de recours

Contre les décisions rendues dans le cadre de l'exécution d'un jugement étranger, plusieurs voies de recours sont ouvertes : appel, contestation devant le président du tribunal judiciaire et pourvoi en cassation.

Contre la décision constatant la force exécutoire rendue par le président du tribunal judiciaire (décisions familiales avant le 1er août 2022) : la décision peut être contestée en faisant appel dans le délai d'1 mois à compter de la signification. Un pourvoi en cassation est possible contre la décision rendue par la cour d'appel : c'est une voie de recours qui vise à contester une décision de justice contraire à la loi.

Contre la décision du directeur de greffe (déclaration de force exécutoire) : vous pouvez contester la décision du directeur de greffe, qu'il ait accepté ou rejeté votre requête. La partie contre laquelle l'exécution est demandée peut également exercer ce recours. Le recours s'exerce devant le président du tribunal judiciaire. Un pourvoi en cassation est possible contre la décision rendue par le président du tribunal judiciaire.

Règle

Contre la décision d'exequatur rendue par le tribunal judiciaire : vous pouvez faire appel de la décision. L'assistance d'un avocat est obligatoire devant la cour d'appel. Le pourvoi en cassation reste ouvert contre la décision de la cour d'appel.

Les délais de recours sont stricts : 1 mois pour l'appel contre la décision constatant la force exécutoire (décisions familiales avant 2022), à compter de la signification. Il est recommandé de ne pas dépasser ces délais, sous peine de perdre le bénéfice du recours.

Avocat et aide juridictionnelle

Le recours à un avocat est obligatoire pour saisir le tribunal judiciaire d'une demande d'exéquatur, et pour les procédures postérieures au 1er août 2022 en matière familiale. Il n'est pas obligatoire pour certaines procédures simplifiées.

Le recours à un avocat est obligatoire pour saisir le tribunal judiciaire d'une demande d'exéquatur. En cas d'appel, vous devez également être représenté par un avocat. Pour les décisions familiales saisies après le 1er août 2022, l'avocat est également obligatoire. En revanche, pour la requête au président du tribunal judiciaire (décisions familiales avant le 1er août 2022), l'avocat n'est pas obligatoire. De même, pour la déclaration constatant la force exécutoire (procédure simplifiée devant le directeur de greffe), le recours à un avocat n'est pas obligatoire.

Si vos ressources ne sont pas suffisantes, vous pouvez demander à bénéficier de l'aide juridictionnelle pour prendre en charge tout ou partie des frais d'avocat (et, dans certains cas, des frais de commissaire de justice). L'aide juridictionnelle est une aide financière de l'État destinée aux personnes ne disposant pas de ressources suffisantes pour assumer les frais d'une procédure judiciaire. Elle peut être totale ou partielle selon le niveau de ressources.

Règle

Les avocats peuvent être trouvés via l'annuaire des avocats de France du Conseil national des barreaux (CNB). Les traducteurs agréés et experts agréés nécessaires pour les traductions peuvent être trouvés via le site de la Cour de cassation.

Les frais de traduction (décision et certificat) sont à la charge du demandeur et doivent être payés par avance. Il est donc conseillé de prévoir ce budget en amont de la procédure.

Textes applicables

Sources officielles

  • Service-Public.fr

    Exécution d'un jugement civil étranger (divorce, dette...) en France

    Vérifiée le 2026-10-04

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Voir aussi

Les procédures décrites ici portent sur les décisions rendues dans l'Union européenne (hors Danemark) et, dans une moindre mesure, dans les autres pays. Les règles applicables dépendent des conventions et règlements européens en vigueur et de la date de saisine de la juridiction étrangère. Pour une situation particulière, il est recommandé de consulter un avocat ou l'organisme compétent.

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