Vue d'ensemble
Ce qu'il faut savoir avant d'engager un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État : décisions concernées, délais, représentation obligatoire par un avocat aux Conseils et déroulement de la procédure.
Ce qu'il faut savoir
- Le pourvoi en cassation permet de demander au Conseil d'État de vérifier que les juges du fond ont respecté les règles de forme, de procédure et de droit.
- En matière administrative, le Conseil d'État est le juge de cassation : il examine les décisions rendues en dernier ressort par les tribunaux administratifs, les cours administratives d'appel et les juridictions administratives spécialisées.
- Le délai de recours varie selon le lieu de résidence du requérant (métropole, outre-mer, étranger) et la nature du pourvoi (cas général ou référé).
- La représentation par un avocat aux Conseils (avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation) est obligatoire, sauf pour les décisions rendues par une juridiction de pension.
- Toute demande fait l'objet d'une procédure préalable d'admission avant l'examen des arguments et la prise de décision.
- Le délai moyen de jugement d'un pourvoi en cassation est d'environ 1 an, la décision étant rendue en moyenne 3 semaines après l'audience.
- En principe, le pourvoi est gratuit ; les seuls frais concernent les honoraires de l'avocat aux Conseils (sauf juridiction de pension).
- La décision rendue par le Conseil d'État statuant en cassation est définitive, sous réserve de quelques recours exceptionnels (opposition, révision, rectification d'erreur matérielle).
Conditions essentielles
- Avoir été partie à une décision juridictionnelle rendue en dernier ressort par une juridiction administrative, sauf texte législatif contraire.
- Respecter le délai de pourvoi applicable (2 mois en métropole en cas général, délais différents en outre-mer et à l'étranger, 15 jours en référé).
- Être représenté par un avocat aux Conseils, sauf exception pour les juridictions de pension.
- Pour les personnes aux revenus modestes : constituer un dossier d'aide juridictionnelle en fonction des revenus et de la valeur du patrimoine.
Les étapes
- Vérifier que la décision contestée est rendue en dernier ressort et qu'elle émane d'une juridiction administrative compétente.
- Choisir un avocat aux Conseils (sauf dispense pour les juridictions de pension) et, le cas échéant, déposer une demande d'aide juridictionnelle.
- Respecter le délai de pourvoi applicable selon le lieu de résidence et la nature du pourvoi (cas général ou référé).
- Rédiger la requête (noms et adresse, exposé des faits, moyens de droit, conclusions) et la joindre à la décision contestée et aux pièces utiles.
- Déposer la requête en ligne via Télérecours citoyens, par courrier (RAR recommandé) ou sur place auprès du greffe du Conseil d'État, ou via l'avocat au téléservice Télérecours.
- Attendre la décision d'admission : rejet par ordonnance, soumission à la procédure d'admission ou admission directe.
- Suivre l'instruction contradictoire, l'audience publique et le délibéré.
- Recevoir la décision du Conseil d'État : rejet ou cassation (avec ou sans renvoi).
Cette synthèse reprend les éléments essentiels de la fiche. Les détails — délais exacts par lieu, contenu de la requête, déroulement de la procédure d'admission, voies de recours exceptionnelles — sont traités dans les sections suivantes.
Cette synthèse ne remplace pas la fiche
Pour les règles propres aux juridictions de pension (dispense d'avocat), au sursis à exécution, à l'aide juridictionnelle et aux recours contre la décision du Conseil d'État, voir les sections « Faut-il prendre un avocat aux Conseils ? », « Le pourvoi bloque-t-il l'exécution de la décision ? » et « Est-il possible de contester la décision du Conseil d'État ? ».
Définition du pourvoi en cassation
Le pourvoi en cassation est un recours extraordinaire par lequel une partie demande à un juge suprême de contrôler la conformité d'une décision de justice aux règles de droit.
Le pourvoi en cassation vise à faire vérifier par le Conseil d'État que les juges du fond (tribunaux administratifs, cours administratives d'appel et juridictions administratives spécialisées) ont respecté les règles de forme, de procédure et ont correctement appliqué les règles de droit.
Contrairement à l'appel, qui invite un juge supérieur à rejuger l'affaire sur le fond et les faits, la cassation est un contrôle de droit : le Conseil d'État ne revoit pas les faits mais vérifie la conformité juridique de la décision attaquée. En matière administrative, le Conseil d'État est le juge de cassation unique pour les décisions des juridictions administratives.
Règle
Le pourvoi en cassation n'est pas suspensif par principe : la décision contestée peut continuer à produire ses effets tant que le Conseil d'État n'a pas statué. Toutefois, le requérant peut demander au Conseil d'État de prononcer un sursis à exécution avant la décision définitive.
En droit français, il existe deux ordres de juridictions : l'ordre judiciaire (Cour de cassation) et l'ordre administratif (Conseil d'État). Le contentieux administratif — qui oppose les administrés à l'administration — relève du Conseil d'État et des juridictions qui lui sont rattachées.
Pour quelles décisions peut-on faire un pourvoi ?
Le pourvoi en cassation est ouvert contre les décisions juridictionnelles rendues en dernier ressort par les juridictions administratives, sauf disposition législative contraire.
Le Conseil d'État statue en cassation sur les décisions rendues en dernier ressort par les tribunaux administratifs, les cours administratives d'appel et les juridictions administratives spécialisées. Une décision rendue « en dernier ressort » est une décision qui ne peut plus faire l'objet d'un appel devant une juridiction supérieure.
Le Conseil d'État juge également les pourvois en cassation dirigés contre des décisions dont il est saisi en tant que juge de premier ressort ou de juge d'appel dans certains contentieux techniques (élections, référés, sanctions disciplinaires, etc.). Dans ces cas, le même Conseil d'État connaît à la fois du fond et de la cassation, selon le stade de la procédure.
Règle
Le pourvoi en cassation est irrecevable contre une décision qui n'est pas rendue en dernier ressort : tant qu'une voie d'appel interne est ouverte devant la cour administrative d'appel, c'est l'appel qui doit être exercé, et non la cassation. Le délai, la procédure et la représentation diffèrent selon la voie choisie.
Certaines décisions sont expressément exclues du pourvoi par un texte législatif contraire. Ces exceptions, rares et sectorielles, sont strictement limitées par le législateur. En cas de doute sur la recevabilité, l'avocat aux Conseils est le mieux placé pour apprécier si la décision est susceptible de cassation.
Le pourvoi bloque-t-il l'exécution de la décision ?
Le pourvoi en cassation ne suspend pas automatiquement l'exécution de la décision contestée. Il peut toutefois être assorti d'une demande de sursis à exécution.
Le pourvoi en cassation n'est pas suspensif : la décision attaquée continue à produire ses effets et peut être exécutée tant que le Conseil d'État n'a pas statué sur le fond. Cette règle est justifiée par le caractère extraordinaire de la cassation, qui ne revoit pas les faits mais seulement le droit.
Toutefois, le requérant peut saisir le Conseil d'État d'une demande de sursis à exécution, par laquelle il demande au juge de cassation de suspendre provisoirement l'exécution de la décision attaquée, dans l'attente du jugement au fond. Le sursis à exécution est une mesure conservatoire, prononcée lorsque l'exécution immédiate de la décision risque de causer un préjudice irrémédiable ou difficilement réparable au requérant.
Règle
À tout moment, il peut être mis fin au sursis qui avait été accordé, notamment si les circonstances de fait ou de droit qui l'avaient justifié viennent à disparaître. Le Conseil d'État apprécie souverainement l'opportunité de maintenir ou de lever le sursis, en fonction de l'évolution du litige et des intérêts en présence.
Le sursis à exécution se distingue du référé-suspension (article L.521-1 du code de justice administrative), qui permet au juge administratif des référés — et non au juge de cassation — de suspendre une décision administrative non encore définitive. Le pourvoi en cassation étant dirigé contre une décision définitive, le sursis à exécution est l'outil adapté pour en suspendre les effets.
Quels sont les délais pour déposer un pourvoi ?
Les délais de pourvoi varient selon le lieu de résidence du requérant (métropole, outre-mer, étranger) et selon la nature du pourvoi (cas général ou référé).
Le délai de pourvoi est indiqué dans la notification de la décision contestée. L'absence de mention, dans la notification, d'un délai de pourvoi en cassation inférieur à 2 mois entraîne l'application automatique d'un délai de 2 mois. Cette règle préserve le requérant : la mention du délai est une garantie de sécurité juridique, et son absence fait bénéficier le requérant du délai maximal.
Le délai court à partir de la notification de la décision contestée. La notification est l'acte par lequel la décision de justice est portée à la connaissance de la personne concernée, dans les formes prévues par le code de justice administrative. Le délai de pourvoi est franc : le jour de la notification et le jour de l'échéance ne sont pas comptés, et tout délai expirant un samedi, un dimanche ou un jour férié est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.
Règle
Le délai varie selon la nature du pourvoi : en cas général (pourvoi ordinaire), le délai est plus long ; en référé (procédure d'urgence), le délai est raccourci afin de permettre au juge de statuer rapidement sur la mesure provisoire demandée.
Le dépassement du délai de pourvoi emporte irrecevabilité du pourvoi, qui peut être rejetée dès la procédure préalable d'admission. Il est donc essentiel d'anticiper la computation des délais et, en cas de doute, de consulter sans délai un avocat aux Conseils.
Délais selon le lieu de résidence
Le tableau ci-dessous récapitule les délais applicables aux requérants résidant en métropole, en outre-mer ou à l'étranger, en cas général ou en référé.
| Lieu de résidence | Cas général | Référé |
|---|---|---|
| Métropole | 2 mois | 15 jours |
| Outre-mer | 3 mois | 1 mois et 15 jours |
| Étranger | 4 mois | 2 mois et 15 jours |
Métropole
- Cas général
- 2 mois
- Référé
- 15 jours
Outre-mer
- Cas général
- 3 mois
- Référé
- 1 mois et 15 jours
Étranger
- Cas général
- 4 mois
- Référé
- 2 mois et 15 jours
Les délais majorés applicables en outre-mer et à l'étranger tiennent compte des difficultés pratiques de notification et d'acheminement du courrier, qui allongent le temps dont disposent les requérants éloignés pour préparer leur recours. La distinction entre cas général et référé reflète l'urgence propre aux procédures de référé, dans lesquelles le juge administratif doit statuer à bref délai.
Le référé est une procédure d'urgence permettant de demander au juge administratif des mesures provisoires et rapides dans l'attente d'un jugement au fond. En matière de cassation, le délai réduit du référé permet au Conseil d'État d'examiner rapidement la demande lorsque la décision contestée porte sur une mesure urgente dont l'exécution causerait un préjudice immédiat.
Règle
Lorsque la notification ne mentionne aucun délai de pourvoi en cassation inférieur à 2 mois, le délai applicable est automatiquement de 2 mois, à partir de la notification de la décision. Cette règle favorable au requérant s'applique dans tous les cas, y compris en outre-mer et à l'étranger : le délai ne peut jamais être inférieur à 2 mois si la notification ne le précise pas expressément.
Les délais mentionnés sont des délais francs (le jour de la notification et le jour de l'échéance ne sont pas comptés) ; ils sont prorogés au premier jour ouvrable suivant lorsqu'ils expirent un samedi, un dimanche ou un jour férié.
Faut-il prendre un avocat aux Conseils ?
La représentation par un avocat aux Conseils est obligatoire pour former un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, sous une exception précise pour les juridictions de pension.
Il est obligatoire de prendre un avocat pour faire un pourvoi en cassation devant le Conseil d'État, sauf si votre pourvoi concerne une décision rendue par une juridiction de pension. L'avocat ainsi désigné est un avocat aux Conseils — également appelé avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation — qui est le seul habilité à représenter les parties devant ces deux juridictions suprêmes.
L'avocat aux Conseils est un avocat spécialisé qui a prêté serment devant la Cour de cassation et qui est inscrit à l'Ordre des avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Cette profession est distincte de celle d'avocat classique : tous les avocats peuvent plaider devant les juridictions du fond, mais seuls les avocats aux Conseils peuvent représenter les parties devant le Conseil d'État et la Cour de cassation. Ce monopole de représentation est justifié par la technicité du contentieux de cassation.
Règle
En fonction de vos revenus et de la valeur de votre patrimoine, vous pouvez demander à bénéficier de l'aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des honoraires de l'avocat aux Conseils. L'aide juridictionnelle est attribuée par le bureau d'aide juridictionnelle, après examen d'un dossier constitué de justificatifs de ressources et de situation patrimoniale.
La liste des avocats aux Conseils est consultable sur le site de l'Ordre des avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Le requérant est libre de choisir son avocat aux Conseils ; en cas d'aide juridictionnelle, l'avocat aux Conseils est désigné par le bâtonnier selon les règles de la profession.
Comment déposer la requête ?
La requête peut être déposée par vous-même (en ligne, par courrier ou sur place) ou par votre avocat aux Conseils (via le téléservice Télérecours). Dans tous les cas, elle doit être signée et comporter certaines mentions obligatoires.
La manière de déposer la requête varie selon qu'elle est déposée par vous-même ou par votre avocat. Le dépôt par vous-même suppose que vous agissiez sans représentation obligatoire ou en complément de l'avocat ; dans la plupart des cas, le dépôt s'effectue par l'avocat aux Conseils via le téléservice professionnel Télérecours, accessible à l'adresse telerecours.fr.
Si l'avocat aux Conseils n'est pas encore inscrit dans le téléservice Télérecours, il peut adresser la demande par tous moyens au greffe du Conseil d'État. Cette faculté transitoire permet aux avocats nouvellement inscrits de déposer leurs requêtes pendant la phase de prise en main de l'outil.
Règle
Quelle que soit la modalité de dépôt retenue, la requête doit être signée par le requérant (ou son avocat) et comprendre quatre éléments obligatoires : les nom, prénoms et adresse du requérant, l'exposé précis des faits, les moyens de droit (arguments juridiques démontrant en quoi l'auteur de la décision contestée a fait une mauvaise application du droit) et les conclusions (ce que le requérant demande au Conseil d'État, par exemple l'annulation totale ou partielle de la décision contestée). La requête doit en outre être accompagnée de la copie de la décision contestée et de la copie de tous les documents utiles à la résolution du litige.
Lorsque la requête est envoyée sous format papier (par courrier ou déposée sur place), vous devez y joindre la décision contestée et les pièces jointes accompagnées d'un inventaire, le tout en 2 exemplaires. Cette exigence matérielle permet au greffe d'adresser un exemplaire à la partie adverse et un exemplaire à la formation de jugement.
Le pourvoi est-il payant ?
En principe, le pourvoi en cassation devant le Conseil d'État est gratuit. Les seuls frais concernent les honoraires de l'avocat aux Conseils.
Le pourvoi en cassation est gratuit en principe : il n'y a pas de timbre fiscal, pas de droit de greffe et pas de frais de procédure à acquitter pour former le recours. Cette gratuité reflète le caractère d'ordre public du contrôle de cassation, qui bénéficie à l'ensemble du justiciable.
Toutefois, vous devez prendre un avocat aux Conseils et payer ses honoraires, sauf si votre pourvoi concerne une décision rendue par une juridiction de pension (où la représentation par un avocat aux Conseils n'est pas obligatoire). Les honoraires sont librement fixés entre l'avocat et son client, selon la complexité de l'affaire et le temps passé.
Règle
En fonction de vos revenus et de la valeur de votre patrimoine, vous pouvez demander à bénéficier de l'aide juridictionnelle, qui prend en charge tout ou partie des frais d'avocat aux Conseils. La demande d'aide juridictionnelle peut être présentée avant l'engagement du pourvoi ou en cours d'instance, selon la situation financière du requérant.
L'aide juridictionnelle est soumise à des plafonds de ressources et à un examen du patrimoine. Elle est attribuée par le bureau d'aide juridictionnelle, sur dossier. En cas de rejet, un recours est possible devant la cour administrative d'appel territorialement compétente.
La procédure préalable d'admission
Toute demande fait l'objet d'une procédure préalable d'admission avant l'examen des arguments et la prise de décision. Cette procédure permet d'écarter rapidement les pourvois irrecevables ou dépourvus de moyen sérieux.
Après l'enregistrement du pourvoi en cassation auprès du greffe du Conseil d'État, l'affaire est confiée à l'une des 10 chambres de la Section du contentieux du Conseil d'État. La procédure préalable d'admission vise à écarter les pourvois irrecevables (par exemple, délai de pourvoi dépassé) ou qui ne sont pas fondés sur un moyen sérieux (par exemple, argumentation insuffisante de la requête). Elle évite un examen au fond inutile et accélère le traitement des dossiers.
Le président de la chambre examine rapidement le dossier et choisit entre 3 solutions : rejeter seul la requête par voie d'ordonnance ; soumettre la requête à la procédure d'admission ; ou l'admettre directement. Ces trois solutions correspondent à trois degrés de filtrage des pourvois, selon leur complexité apparente.
Règle
Si le dossier est rejeté par ordonnance, la décision juridictionnelle vous est notifiée. Dans ce cas, vous avez la possibilité de faire un recours en rectification d'erreur matérielle ou un recours en révision (recours exceptionnels dirigés contre la décision d'irrecevabilité elle-même). Si le pourvoi est admis, l'instruction débute et l'affaire sera plaidée à l'audience.
La procédure d'admission est confiée à un rapporteur, puis à un réviseur, et enfin à un rapporteur public qui examinent successivement non pas le pourvoi, mais la question de son admission. Cette collégialité garantit la qualité du filtrage et réduit les risques d'erreur.
Instruction contradictoire et audience
Une fois admis, le pourvoi suit une instruction contradictoire puis est porté à une audience publique, au cours de laquelle le Conseil d'État exerce son contrôle de légalité sur la décision contestée.
Le Conseil d'État procède à une instruction contradictoire, c'est-à-dire que les parties (requérant et défendeur) peuvent échanger leurs observations, répondre aux écritures adverses et produire des pièces complémentaires. Ce caractère contradictoire est une garantie fondamentale du procès administratif, qui permet à chaque partie de connaître et de discuter les arguments de l'autre.
L'audience est publique : toute personne intéressée peut y assister. Le Conseil d'État ne juge que le droit : son contrôle porte sur les moyens relatifs à la régularité du jugement (contrôle de légalité externe) et sur les moyens relatifs au bien-fondé du jugement (contrôle de légalité interne). Le contrôle de légalité externe vérifie la conformité aux règles de compétence, de forme, de procédure et l'existence d'une motivation suffisante ; le contrôle de légalité interne examine le raisonnement des juges du fond et recherche l'erreur de droit, l'erreur de qualification juridique des faits ou la dénaturation.
Règle
Le délai moyen de jugement d'un pourvoi en cassation est d'environ 1 an. À l'issue de l'audience, l'affaire est mise en délibéré : les juges se retirent pour délibérer entre eux et arrêter leur décision. La décision du Conseil d'État est, en moyenne, rendue 3 semaines après l'audience, après rédaction par un rapporteur et adoption par la formation de jugement.
Le moyen de cassation est l'argument juridique par lequel une partie conteste la légalité de la décision attaquée. Les moyens de cassation reconnus sont l'erreur de droit (mauvaise compréhension d'une règle de droit), l'erreur de qualification juridique des faits (caractérisation juridique erronée) et la dénaturation des faits (interprétation manifestement inexacte des pièces du dossier).
La décision du Conseil d'État
À l'issue de l'examen des moyens de la cassation, le Conseil d'État dispose de deux solutions : rejeter le pourvoi ou casser la décision attaquée, avec ou sans renvoi.
Le Conseil d'État peut rejeter le pourvoi s'il estime que la décision est régulière et bien fondée. Le rejet est prononcé par un arrêt qui constate que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. La décision attaquée devient alors définitivement exécutoire et ne peut plus être contestée devant le Conseil d'État.
Le juge de cassation peut casser l'arrêt ou le jugement parce qu'il considère que l'un des motifs est fondé. La cassation ouvre deux voies : la cassation avec renvoi, qui permet au juge de cassation de ne pas statuer sur le fond du litige et de renvoyer l'affaire devant la même juridiction ou devant une juridiction de même niveau pour qu'elle soit rejugée ; et la cassation sans renvoi, qui est prononcée lorsque l'annulation suffit à mettre fin au contentieux et qu'il ne reste rien à juger, le Conseil d'État ayant alors la capacité — et parfois l'obligation — de régler définitivement l'affaire au fond.
Règle
La cassation avec renvoi est la solution la plus fréquente lorsque la cassation porte sur un vice de procédure ou une erreur de droit qui affecte le raisonnement des juges du fond sans mettre fin au litige. La cassation sans renvoi est réservée aux cas où la cassation rend inutile tout examen complémentaire du litige (par exemple, annulation d'un acte réglementaire dont l'illégalité est manifeste et incontestable).
La cassation sans renvoi peut être prononcée d'office par le Conseil d'État, même si le requérant ne l'a pas demandée, lorsque l'intérêt d'une bonne administration de la justice le justifie.
Est-il possible de contester la décision du Conseil d'État ?
En principe, une décision rendue par le Conseil d'État statuant en cassation est définitive. Toutefois, dans certains cas, des recours exceptionnels permettent de la contester.
En principe, une décision rendue par le Conseil d'État statuant en cassation est définitive : le pourvoi en cassation est le dernier degré de juridiction dans l'ordre administratif, et il n'existe pas d'appel contre les arrêts du Conseil d'État. Cette règle garantit la stabilité des décisions de justice et la sécurité juridique des relations entre l'administration et les administrés.
Toutefois, dans certains cas, il est possible de contester la décision par l'un des recours exceptionnels suivants : le recours en opposition, qui permet de remettre en cause une décision rendue par défaut ou en l'absence d'une partie ; le recours en révision, qui permet de faire réexaminer une décision entachée d'une fraude, d'un faux témoignage ou d'une pièce fausse découverte après le jugement ; et le recours en rectification d'erreur matérielle, qui permet de faire corriger les erreurs purement matérielles (coquilles, erreurs de calcul, mentions erronées) sans remettre en cause le fond de la décision.
Règle
Ces recours sont strictement encadrés par le code de justice administrative : les conditions de recevabilité sont limitatives, les délais sont courts (2 mois pour l'opposition et la révision, sans condition de délai pour la rectification d'erreur matérielle), et les cas d'ouverture sont interprétés restrictivement par la jurisprudence. En pratique, ces recours aboutissent rarement à la remise en cause d'une décision du Conseil d'État.
Au-delà des recours internes au Conseil d'État, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) peut être saisie d'un recours contre la France si le requérant estime que la décision du Conseil d'État a méconnu ses droits fondamentaux (droit à un procès équitable, droit à un recours effectif, etc.). Ce recours est subsidiaire : il suppose que toutes les voies de recours internes aient été exercées et que la décision définitive ait été rendue.
Textes applicables
- Code de justice administrative : article L111-1Légifrance
- Code de justice administrative : articles L821-1 et L821-2Légifrance
- Code de justice administrative : article L822-1Légifrance
- Code de justice administrative : articles R712-1 à R712-2Légifrance
- Code de justice administrative : articles R821-1 à R821-6Légifrance
- Code de justice administrative : articles R822-1 à R822-6Légifrance
- Code de justice administrative : articles R931-1 à R931-9Légifrance
- Décret du 9 octobre 2020 relatif à l'utilisation des téléprocédures devant le Conseil d'Etat, les cours administratives d'appel et les tribunaux administratifs et portant autres dispositionsLégifrance
Sources officielles
- OuvrirService-Public.fr
Pourvoi en cassation devant le Conseil d'État
Vérifiée le 2026-10-04
Voir aussi
- Recours en opposition devant le Conseil d'État (F892)
- Recours en révision devant le Conseil d'État (F1510)
- Aide juridictionnelle (F18074)
Les délais, les conditions de représentation et la procédure applicables au pourvoi en cassation devant le Conseil d'État sont fixés par le code de justice administrative. Vérifier les dernières évolutions auprès du greffe du Conseil d'État, d'un avocat aux Conseils ou d'un conseiller juridique spécialisé en droit administratif.

